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EXTRAIT
de « LES PROBLEMES POLITIQUES »
PREMIER SYMPOSIUM MONDIAL SUR LA PENSEE DE MOAMMAR EL
KADHAFI
<<
LE LIVRE VERT>>
Le frère Moammar
El Kadhafi est un homme pratique, il n’est pas allé chercher
dans les livres verts mais dans la rue, dans le peuple, dans
l’expérience, les thèmes de son action politique.
Lorsqu’on connaît
J.J Rousseau, Proudhon, Joseph de Maistre ou d’autres, c’est
simplement la réflexion qui se rencontre. Il ne saurait être
question d’influence directe.
Roger
Delorme
Montréal, Canada –January, 1983.
En guise de
préambule, nous allons d’abord dégager les idées maîtresses
de la Troisième théorie Universelle de Moammar El Kadhafi.
La famille, la
morale, la terre, La continuité des souvenirs, le travail,
la domestication de la mort, la religion. Autant de réalité
bien vivantes auxquelles les états modernes ont substitué de
pures et simples abstractions qui s’appellent doctrines
partisans, planifications de l’information, dirigisme de
l’information, démocratie( en fait absolutisme d’une
oligarchie), principes culturels mondialistes; le tout
supposant la destruction toujours plus méticuleuse de
l’ordre individuel et familial.
A cela, Moammar El
Kadhafi oppose la liberté de l’homme et du peuple.
Selon Moammar El
Kadhafi, le système électoral est la victoire d’un parti sur
un autre parti et non la garantie de la volonté populaire.
Il ajoute encore : << où est la liberté lorsque 49 pourcent
de la population est gouverné par 51 pourcent ?
<< Ils appellent
liberté un despotisme exercé au nom de la liberté>> écrivait
Alexis de Tocqueville…
Les assemblées
parlementaires trompent le peuple. Elles caractérisent son
absence et sa présence. Elles usurpent la souveraineté. Les
apparences sont sauvées par les files des électeurs qui
viennent déposer un bulletin dans l’urne comme on jette un
papier dans une poubelle. Le député représente son parti
auprès du peuple et non le peuple auprès de son parti. Par
surcroît, il faut beaucoup d’argent pour organiser des
élections et ce sont toujours les riches qui gagnent,
quelque soit le parti.
Pour Moammar El
Kadhafi, la troisième voix devient donc l’installation d’un
pouvoir << sans substitut ni représentation>>.
La démocratie
directe met donc fin à la gestion politique et à
l’administration gouvernementale. Le sophisme c’est de
croire au <<contrôle du gouvernement par le peuple>> alors
qu’il faut contrôler le peuple par le peuple.
Moammar El Kadhafi
propose donc sa solution : Une hiérarchie de congrès et de
comités populaires. Les congrès populaires de base
rassemblent tous les citoyens selon leurs professions, leurs
fonctions, leurs domiciles. Ces congrès se choisissent
chacun un comité populaire. L’ensemble des comités formes à
son tour des congrès populaires qui choisissent à son tour
des comités administratifs populaires. Pour la gestion
d’ensemble, le Congrès Général du peuple se réunit une fois
par an. Il rassemble tous les comités, les groupes
exécutifs, les unions syndicales ou professionnelles. Les
propositions acceptées par ce Congrès suivent la voie
descendante et sont soumises aux divers Comités Populaires
chargés de les mettre en oeuvre :
Ainsi, le peuple
devient l’appareil gouvernemental et le problème de la
démocratie dans le monde sera définitivement résolu.
La loi
fondamentale des sociétés est l’ordre moral. Cette
fondamentale c’est la religion, la tradition, confirmation
de la naturelle et justification de la tradition.
Toute loi qui
néglige la religion est une invention de l’homme pour
dominer l’homme.
TOUTE JUSTICE VIENT
DE DIEU !
Le peuple soumis
aux lois, doit être l’auteur de ces lois. La souveraineté
n’est que l’exercice de la volonté générale et ne peut
jamais s’aliéner.
<< Les députés
du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants;
ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que
le peuple ou personne n’a ratifiée est nulle; ce n’est pas
une loi. >>
Voilà en essence,
le contexte général dans lequel s’inscrit la Troisième
Théorie Universelle.
Au cours des vingt
dernières années, durant la période qui a suivit la
décolonisation du tiers-monde, un grand nombre d’efforts a
été consacré par des chercheurs dans le but d’identifier et
de confronter les problèmes économiques sociaux et
politiques qui endiguaient son développement. Ces problèmes
ont été qualifiés de différentes façons : étude sur la
dépendance; interdépendance des états; bipolarité des états;
grandes et petites puissances; études de développement;
économie du développement; système de bien-être
international; dialogue Nord-sud; sociétés à évolution
lente; etc.
Ces efforts
accusaient deux faiblesses :
Elles sont
généralement le résultat d’initiatives des pays de l’ouest
et des chercheurs ou universitaires européens. Bien que
plusieurs universitaires du tiers-monde aient participé à
ces recherches, leur apport est demeuré marginal du moins
dans le sens de l’orientation et du contenu fondamental de
telles recherches.
Bien que plusieurs
universitaires et chercheurs du tiers-monde aient participé
à ces travaux, le cadre général de travail a presque
toujours été délimité conformément à la définition classique
de l’économie matérialiste du monde occidental.
Ceci est
essentiellement vrai, bien que plusieurs de ces études aient
perpétuellement attiré l’attention sur ces deux faiblesses
et sur les conséquences qui pouvaient en résulter, entre
autres, des concepts et des formulations susceptibles d'être
inaccessibles, non désirables, non réalisables ou non
conforme au développement du tiers-monde. Après tout, ce
sont ces concepts qui ont conduit aux dépressions, à
l'inflation, aux guerres, à l'impérialisme, à la
désarticulation sociale, à une distribution mal équilibrée
des richesses et au malheur d'un grand nombre dans les pays
soit disant développés.
C'est à Benghazi, en
Libye que le tiers-monde a fait le premier et le plus
important pas dans le but de corriger ces deux faiblesses
fondamentales. C'est là que des universitaires et chercheurs
du Tiers-monde, résolus à utiliser leur expérience
historique en guise de guide, de concert des universitaires
des pays développés, également déterminés à écouter et à
incorporer ces idées émanant du Tiers-monde dans la
formulation de leurs concepts, ont amorcé le processus de
définition universelle de développement, créant ainsi un
forum où les chercheurs et penseurs des pays du nord et du
sud et de culture différentes pourraient également
participer et contribuer. Le processus et le forum
s'encadrent dans la Troisième Théorie Universelle.
La source d’où
jaillit le concept autant que l'inspiration de la Troisième
Théorie Universelle, c'est le Livre Vert du frère Moammar El
Kadhafi et aussi de la révolution libyenne. Depuis la fin de
la période de noirceur européenne, jamais les concepts
sociaux et politiques n'ont été si efficacement et
fondamentalement ébranlés. En effet, la publication du Livre
Vert et de la Troisième Théorie Universelle qu'il incarne,
représente la deuxième Renaissance, une Renaissance
mondiale. Comme la première Renaissance européenne qui a
brisé la barrière sociale à l'investigation scientifique et
technique pour aboutir à la création de la nouvelle
technologie dont avait grandement besoin l'humanité entière.
La seconde Renaissance entraînera également une révolution
scientifique, cette fois dans les sciences sociales et
politiques, si importantes pour l'humanité dans
l'utilisation et le contrôle efficace des nouvelles
techniques engendrées par le processus de la première
Renaissance européenne.
Rien au monde
n'est aujourd'hui plus évident que les concepts politiques
et sociaux actuels et les systèmes ne permettant pas
l'utilisation de la technologie disponible dans la recherche
du bonheur humain et du bien-être psychosocial et
économique. Comme le catalyseur qui transforme les résidus
biologiques en engrais qui permettra les plus belles et plus
délicates floraisons, la Troisième Théorie Universelle en
agissant sur l’idéologie décadente des empires
post-coloniaux favorisera l’éclosion de nouvelles idéologies
essentielles aux futurs développements.
Le Colloque de
Madrid en 1980 et celui de Caracas en 1981ont été le
prolongement du processus de formulation amorcé à Benghazi
en 1979. Le Colloque de Caracas prolongeait le défi aux
paradigmes fondamentaux des sciences sociales et politiques
actuelles. Il avait soulevé de nombreuses questions :
Est-il scientifique
d’ériger le modèle américain en étalon des démocraties
occidentales simplement parce qu’il offre ces
caractéristiques à certaines populations de Caucase et cela
aux frais de l’oppression des peuples Africains et
Asiatiques ?
Le système
parlementaire occidental en général, s’apparenterait-il
d’avantage à un système oligarchique qu’à un système
démocratique dans la plénitude du mot ?
Le communisme ne
représente-t-il pas en définitive qu’une dictature de ce
parti et est-ce désirable ?
Le système politique
idéal ne devrait-il pas évoluer autour du maintien de la
famille en tant que cellule sociale et favoriser son plein
épanouissement ?
La femme, bien que
l’égale de l’homme n’est pas identique. Sa condition
biologique est ignorée et la rend différente. Ne devrait-on
pas accorder une plus grande importance à cet aspect ?
Les aspirations
sociales, économiques et psychologiques de l’homme ne
seraient-elles pas mieux réalisées dans les systèmes de
représentation ou dans un système de démocratie directe ?
L’objectif ultime
n’est-il pas le plein épanouissement de l’homme, son bonheur
et ce que cela implique ?
Les masses ne
sont-elles pas capables de s’autodéterminer, de gérer leurs
propres institutions ?
Le bonheur humain
est-il simplement tributaire de la condition économique ?
Les indices de
développement devraient-ils être basés sur la redistribution
équitable des biens plutôt que sur le produit national brut,
le revenu, le capital, etc. ?
D’autres lois que les
lois naturelles sont-elles requises pour assurer n’importe
quelle forme de développement collectif ?
Le développement
requiert-il l’abolition de la religion, ou les religions
sont-elles inexorablement liées aux besoins, aux désirs et
bonheur de l’homme. Le développement en absence de religion
perdrait-il sa signification ou sa valeur humaine ?
Une certaine anarchie
historique est-elle inévitable durant la période transitoire
d’un système politique contemporain à un système politique
révolutionnaire ?
Une authentique
démocratie est-elle possible sans que la masse ait sur elle
un pouvoir directe, un contrôle sur les armes et ses
décisions politiques ?
La révolution du peuple
noir est-elle une condition essentielle à son
affranchissement et à son intégration sur un pied au sein de
la famille humaine ?
La centralisation du
pouvoir est-elle essentielle au futur développement
collectif ?
La mise en application
de la Troisième Théorie Universelle ne pourrait-elle pas
servir de base sur laquelle les importants problèmes
internationaux contemporains pourraient trouver une amorce
de solution ?
Les participants
au colloque de Caracas en sont parvenus à un consensus sur
le fait que le bonheur devrait se situer au centre du
développement de l’individu et dans ses rôles multiples : au
sein de la famille ou de la nation; en tant qu’époux ou
épouses, enfants ou adultes, etc.… Ce développement ne peut
être obtenu que par une théorie de développement global qui
perçoit l’humanité divisée psychologiquement en deux sexes
complémentaires et égaux et un ensemble de nations
gouvernées seulement par la loi naturelle.
L’éloquence et la
profondeur de pensée des participants indiquent que
plusieurs des plus brillants esprits et penseurs ont été
inclinés vers les sciences sociales à cause de circonstances
personnelles et des circonstances qui résultent
d’orientation nationales. Ceci se produisait au moment où
des circonstances de nature économiques et des contraintes
influençaient les meilleurs esprits et penseurs des pays
développés vers les sciences physiques, mathématiques ainsi
que la technologie avancée. Ceci semble également avoir
influencé les penseurs du Tiers-monde à diriger ou enfin, à
initier la révolution dans le domaine des sciences sociales
et humaines. Le succès de cette révolution dans les termes
de la Troisième Théorie Universelle, résultera en
l’harmonisation entre les domaines du développement social
et technologique.
Cet équilibre
servira de base quant à la capacité de production de notre
génération et servira à libérer l’homme et la femme de la
crainte de la pénurie autant que celle de ne pas avoir un
pouvoir ou une élite puissante et centralisée; de ne pas
posséder les armes dernier cri; d’accepter les immigrants
sans perdre leur emploi; ou de ne pas avoir suffisamment de
forces policières et de forces armées ou de sécurité.
Nous possédons la
technologie et la capacité de production qui en résulte pour
faire face aux besoins de tous les individus de cette
planète; nous attendons la volonté, les concepts, l’idée, la
théorie.
Dans ce monde
post-industriel, aux capacités et aux ressources abondantes,
ou la communication et l’éducation sont d’un niveau très
élevé, la Troisième Théorie Universelle du Livre Vert est la
seule conceptualisation qui offre de libérer les masses sans
condamner à l’oppression les classes, les partis, les
groupes et les Etats. C’est l’unique théorie disponible qui
prévoit, pourvoit, et invite l’homme et la femme à utiliser
la capacité technologique mondiale pour leur bien-être
individuel et collectif tel qu’ils le définissent eux-mêmes.
Elle a recours à la motivation et utilise les moyens pour
permettre aux masses d’absorber l’information sociale et
politique ainsi que l’éducation par la participation directe
dans l’autogouvernement, la gérance de l’opération des
institutions, commerces et industries de leur société.
Quelle est la réaction
des dirigeants mondiaux à ces colloques et à ces concepts
d’autogestion et d’auto organisation ? Dû à l’aveuglement
propre aux systèmes de représentation ou une élite
restreinte se prononce au nom de l’ensemble dans le but de
maintenir un privilège relatif et une position de puissance
en relation avec les masses populaires de leurs Etats, ils
ont préféré ignorer la possibilité ou la croyance si non la
foi, que les masses pouvaient partager l’occasion de gérer
leur propre vie de la même façon que les membres de l’élite
et sont opposés à la Troisième Théorie Universelle sur la
base de leur sympathie ou antipathie vis-à-vis de son
penseur, le frère Moammar El Kadhafi.
Il ne tente pas de
répondre d’une façon intelligente aux questions et concepts
énoncés par le frère Moammar El Kadhafi, mais semble au
contraire afficher un mépris arrogant à son égard parce
qu’il a osé suggérer que les masses de gens peuvent diriger
leurs propres institutions et société. Bien que cela soit
contraire à tout ce qu’ils déclarent à leurs nations, ces
dirigeants croient que ces idées sont naïves et ne méritent
pas de considérations sérieuses. Leur effort pour relever le
niveau éducationnel des habitants de leurs pays puise sa
source au sein de la pensée européenne (Platon, Adam Smith,
John Locke), selon lequel la démocratie constitue un retour
à la jungle humaine parce que l’homme par nature n’est pas
civilisé et par conséquent a besoin d’une élite dont
l’intelligence et la moralité la place au dessus des masses
et de leurs dirigeants naturels. Ce concept prend également
pour acquis que ces qualités de l’élite sont héréditaires.
En réalité, si l’histoire a réussi à nous donner sa leçon,
elle a perpétuellement démontré que cette élite dirigeante
n’a fait que propager un faux mythe. Le maximum que ces
élites peuvent espérer gagner en augmentant le niveau
d’éducation et de connaissance de leur société est
l’élargissement du fossé en même temps que l’affermissement
des canaux qui lui permettront de perpétuer sa domination.
Néanmoins, l’histoire démontre que ces élites n’ont jamais
empêche les révolutions populaires. La Troisième Théorie
Universelle suggère que les révolutions futures des masses
ne seront pas seulement l’oeuvre des masses mais également
qu’elles se feront pour les masses.
Les autres
détracteurs de la Troisième Théorie Universelle suggèrent
que les concepts de la Théorie sont adéquats et splendides
mais non réalistes et qu’ils ne sauraient conséquemment
s’appliquer ou se réaliser. Donc ils sont impossibles et
n’entraînent qu’une perte de temps. Quand ces détracteurs
sont interrogés en profondeur, nous découvrons que non
seulement ils s’accordent avec les objectifs, les concepts
de la théorie, mais qu’ils tentent rarement de mettre en
cause la Troisième Théorie Universelle dans sa véritable
perspective. La plus grande partie de leurs objections
tiennent du cynisme, du doute émotionnel ou encore sur
l’hypothèse qu’une chose aussi bonne pour l’homme ne saurait
être réalisable. Nous ne pouvons qu’opposer l’expérience
libyenne et en faire ainsi la démonstration.
Les détracteurs
religieux manifestent fondamentalement en deux volets :
Le premier du secteur
islamique, prétend que la Théorie n’est pas islamique; le
second du secteur chrétien, prétend que la théorie est
islamique donc conçue exclusivement à l’usage du monde Arabe
et Islamique. L’existence de cette contradiction révèle par
elle-même qu’aucuns des postulats n’est acceptables. La
synthèse évidente serait que la troisième Théorie
Universelle reconnaît toutes les grandes religions, y
découvrant la recherche de la plénitude par l’homme et par
conséquent elle cherche à présenter le cadre approprié dans
lequel cette recherche peut être économiquement et
politiquement favorisée.
La troisième
Théorie Universelle est la première Théorie à intégrer la
religion dans le développement théorique.
Par
Roger Delorme
Montréal, Canada - Janvier 1983
EXTRAIT
de « LES PROBLEMES POLITIQUES »
LES
BUREAUX POPULAIRES : DE LA DIPLOMATIE TRADITIONNELLE A LA
VOLONTE DE DIALOGUE DIRECT ENTRE LES PEUPLES
La Révolution
Nationale de septembre 1969 a profondément transformé non
seulement les institutions politiques structurelles, mais
aussi la vie en société pour l’ensemble du peuple Arabe de
libye.
Les fondements
idéologiques de la Troisième Théorie Universelle, présentés
dans les trois tomes du Livre Vert rédigé par le président
Moammar El Kadhafi, se sont basés sur une approche originale
et lucide de l’évolution de l’homme, du progrès de sa pensée
et de son aspiration concrète au bonheur.
En application de
cette Théorie nouvelle, un régime politique d’un style
nouveau est apparu en Libye à la date historique du 2 mars
1977 dans la ville de Sebha. Ce régime est fondé sur
l’exercice direct du pouvoir par le peuple sans
représentation ni substitution, préfigurant ainsi ce que
l’auteur du Livre Vert a dénommé l’ère des masses.
Cette profonde
modification sociale a posé les fondations d’un nouveau type
de société : la JAMAHIRIYA qui implique une vie sociale
communautaire et participative où n’existent plus les
substitutions de souveraineté et les corps intermédiaires
entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent.
Avec une logique
certaine, la Jamahiriya a considéré que cette profonde
rénovation de sa politique nationale sur le plan interne
devait avoir des répercussions dans ses relations
internationales. Nous nous permettons d’insister sur le
caractère profondément logique de cette décision qui
contraste nettement et judicieusement avec une tradition des
relations diplomatiques qui dissocient rigoureusement le
représentatif d’un Etat et celle d’un régime ou
gouvernement. Il s’agit là d’une tradition diplomatique qui
relève bien plus du conformisme que de l’honnêteté car
chacun sait qu’un remaniement gouvernemental de quelque
envergure provoque toujours à plus ou moins brève échéance,
une modification du cadre diplomatique des ambassades
concernées.
Edifiant une
société nouvelle dont le but final est la démocratie
directe, la Révolution Nationale libyenne considère que le
peuple lui même est la plus haute et la seule autorité de l’Etat
communautaire et qu’il n’y a aucune autorité en dehors du
peuple lui même.
Les définitions
traditionnelles de gouvernement, de parlement, et même
d’Etat, étant complètement modifiées, il était normal que de
telles modifications se répercutent dans la politique
internationale de la libyen, et singulièrement, dans ses
relations diplomatiques.
DU CONCEPT D’AMBASSADE
A CELUI DE BUREAU POPULAIRE
Répondant à nos
questions sur l’idéologie prévalant dans l’organisation des
représentations diplomatiques libyennes à l’étranger,
Monsieur Hashem Younis – membre du Comité populaire pour
l’Information auprès du Bureau Populaire de la Jamahiriya
Arabe Libyenne Populaire Socialiste à Bruxelles, nous a
précisé ce qui suit: Tous les aspects classiques de la
représentation des régimes de gouvernement ont été éliminés,
allant de la présidence aux ministres, au conseils
représentatifs et législatifs que nous considérons comme un
effacement et une absence de tous les groupes constituants
la société.
Le nouvel aspect
est représenté par la Jamahiriya, c’est-à-dire le
gouvernement des masses, ou le règlement de toutes les
affaires et la distribution des tâches étatiques se font par
la voix de la constitution des congrès et des congrès
populaires qui tracent la politique officielle au niveau
intérieur et extérieur, et où s’effectue le choix des
membres et secrétaires de ces comités par la voix des
congrès populaires qui se réunissent dans le cadre des
municipalités et où se constitue le congrès populaire qui se
réunit d’office une fois par an où il est convoqué chaque
fois qu’il est nécessaire.
Cette base étant
posée, comment cette conception s’applique – t- elle aux
ambassades ? La réponse est la suivante :
En ce qui
concerne les Bureaux Populaires et l’historique marche sur
les ambassades, nous considérons ces deux procédés comme une
application et un enracinement de l’expérience populaire, à
savoir la démocratie directe qui a été réalisée à
l’intérieur. Pour éliminer la distorsion qui peut apparaître
entre l’intérieur et l’extérieur, il a été procédé au
changement de toutes les ambassades libyennes qui ont été
mutées en Bureaux Populaires, dirigés par un comité
populaire, choisi par les masses et dont le rôle consiste à
réaliser les décisions des congrès populaires dans le cadre
du développement et du renforcement des liens entre la
Jamahiriya et les autres peuples et pays du monde.
L’on s’aperçoit
donc que, pour spectaculaire et inédite qu’elle ait paru la
mutation des ambassades libyennes en bureaux populaires
s’imposait naturellement des suites des profondes
révolutions de la vie sociale et politique dans le pays lui
-même. Puisque les ambassades sont considérées comme des
unités importantes du pouvoir exécutif d’un pays, il n’était
que normal que, dans leur représentation et leur
fonctionnement, elles reflètent les profondes mutations qui
avaient procédé à la naissance de la notion de la
Jamahiriya.
Le Bureau
Populaire est dirigé et géré par un comité populaire qui a
été choisi par les masses elles-mêmes et non nommé par une
seule personne ou par une administration.
Que ce choix soit
collectif et non personnel n’est pas en soi moralement
important mais ce qui doit être souligné c’est la permanence
du concept communautaire (Jamahiriya) par rapport aux
continuels changements gouvernementaux ou administratifs que
connaissent la plupart des pays.
Dans les
classiques, l’ambassadeur et les principaux diplomates d’une
ambassade sont chargés selon les modifications de régimes ou
de tendances, selon des rivalités personnelles ou
partisanes. Certains diplomates évoluent selon une faculté
d’adaptation assez ambiguë pour conserver leur poste malgré
les changements politiques à l’intérieur de leur pays. De
telles situations sont néfastes aux intérêts réels de la
nation représentée et de sa crédibilité à l’étranger.
La situation est
tout autre en ce qui concerne les comités populaires des
Bureaux Populaires. En quelque sorte, l’on pourrait dire que
le comité populaire est une manière d’assumer collégialement
la fonction qui auparavant était dévolue à l’ambassadeur
seul. Cette collégialité du travail et des décisions est une
garantie contre l’improvisation et contre les intérêts
personnels inopportuns.
Certes, il importe
cependant que l’ambassade, devenue bureau populaire, puisse
fonctionner efficacement. Dès lors, selon les disponibilités
et les motivations ou compétences particulières des membres
du comité populaire, des charges spécialisées sont dévolues
à ceux qui sont jugés, par leurs égaux, les plus à même à
expédier certaines affaires précises. Il ne s’agit donc plus
de définir des fonctions hiérarchiques, mais bien que
certaines personnes expriment et assument les décisions du
comité dans des secteurs bien déterminés : information,
affaires culturelles, économie, etc. ...
D’autre part,
puisqu’il est nécessaire qu’un comité puisse coordonner son
fonctionnement quotidien, il est procédé à la désignation au
sein du comité populaire d’un secrétaire. Ainsi, le
secrétaire du comité populaire d’un Bureau Populaire de la
Jamahiriya fait figure dans le pays d’installation
d’ambassadeur. Mais s’il en a sans contesté les capacités
morales et intellectuelles, il n’est en réalité – selon les
nouvelles législations libyennes – que le coordinateur du
comité populaire qui, lui, est le réel ambassadeur collectif
de la nation libyenne.
En outre, le
comité populaire du bureau populaire est lui -même soumis à
un contrôle en étant responsable devant les congrès
populaires du pays. C’est une nouvelle garantie car un
contrôle collégial permet une limitation des risques
d'erreurs d’appréciation et une application plus juste des
sanctions officielles.
Y A-t-IL UN PROBLEME
QUANT AU STATUT DIPLOMATIQUE DES BUREAUX POPULAIRES ?
Certains milieux
se sont posés des questions quant au statut juridique ou à
la représentativité diplomatique des bureaux Populaires de
la Jamahiriya à l’étranger.
Certes la
constitution des précédentes ambassades en bureaux dirigés
par des comités populaires a eu de quoi étonner les milieux
de la diplomatie internationale souvent habitués à un
protocole qui n’a pas évolué depuis des décennies.
En réalité, la
diplomatie internationale a déjà connu quelques événements
qui ébranlèrent les chancelleries.
Ainsi, lorsque le
Roi de France, François premier établit le principe de la
primauté du politique sur le religieux en diplomatie et, à
l’encontre des voeux de la papauté catholique, s’allia en
1534 avec le sultan de la Turquie. L’année suivante, en
1535, une Convention commerciale et diplomatique fut signée
entre la France catholique et l’Empire Ottoman puissance
islamique. Des relations officialisées entre deux Etats de
religion différente sont normales de nos jours mais créèrent
une sorte de révolution dans la diplomatie de l’époque.
Dans le même
siècle, l’existence de la Paix d’Augsbourg de 1555 reconnaît
le principe de la liberté des cultes en Europe et
l’existence d’Etats de confession luthérienne. Cette
situation radicalement nouvelle ébranla fortement la
primauté du pape et de la référence catholicisme romaine
dans les relations interétatiques.
D’autre part,
l’existence de la Confédération Helvétique - issue de la
libre volonté des peuples de différents cantons - et des
Provinces Unies des pays Bas (dont le lieutenant-général -
en langue néerlandaise Stadhouder - voyait son pouvoir issu
d’un contrat avec sa nation, comme ce fut le cas pour le
célèbre Guillaume d’Orange) posèrent aussi de graves
problèmes dans une Europe où la monarchie absolue régnait en
maître.
En suite, les
révolutions américaines de 1776 et française de 1789
créèrent aussi des précédents dans les relations
internationales. Pour la première fois se posèrent les
questions cruciales de la reconnaissance ou de la non
-reconnaissance d’un Etat selon son régime politique. En
effet, les Etats-Unis d’Amérique étaient nés d’une
révolution contre la colonisation anglaise et des ambassades
s’ouvrirent alors que Londres se considérait encore comme
légitimement responsable d’une colonie pour la conservation
de laquelle les Anglais se battirent des années durant.
Quant à la Révolution française, elle posa le précédent :
des ambassadeurs ne représentaient plus le Roi de la France
mais bien la Nation française. La nuance était des plus
importantes.
Certes, la
Jamahiriya radicalisa beaucoup plus que les exemples qui
viennent d’être évoqués. Néanmoins, il n’y a aucune raison
de voir dénier aux Bureaux Populaires et aux membres des
Comités populaires l’application de la Convention de Vienne
de 196. Notamment, le paragraphe 4 de la Convention de
Vienne précise : le but des immunités diplomatiques n’est
pas d’avantager des individus mais d’assurer
l’accomplissement efficace des fonctions des missions
diplomatiques en tant que représentants des Etats.
Quant à la forme
des Etats eux-mêmes, elle est du seul ressort des nations
concernées, ainsi que l’orientation politique des régimes de
chaque Etat.
Le peuple libyen a
volontairement choisi la démocratie directe et, en se basant
sur les principes de la Troisième Théorie Universelle, a
substitué à la notion traditionnelle d’Etat celle de la
Jamahiriya, qui est probablement la forme
d’autodétermination nationale la plus complète.
Une évolution
parallèle dans les relations diplomatiques libyennes est
donc un fait que toutes les chancelleries du monde doivent
accepter.
Déjà - en d’autres
circonstances - les meilleurs spécialistes en droit
international avaient ressenti que des changements
s’annonçaient.
Ainsi, le professeur
Claude Albert Colliard – de la Sorbonne –constatait : Les
institutions internationales sont aujourd’hui non seulement
plus denses qu’autrefois, elles sont aussi différentes parce
que la civilisation actuelle est, à bien des égards,
nouvelle. On ne saurait se contenter de notions politiques
et juridiques alors que se posent tant de problèmes
économiques fondamentaux, comme celui du développement, et
on ne peut imaginer que demeurent valables les schémas
classiques du XIXème siècle ou des premières années du
XXème siècle alors que
la civilisation contemporaine est celle de l’avion à
réaction, de l’énergie atomique et déjà celles des vols
cosmiques. La dimension politique traditionnelle doit être
complétée par la dimension économique et la dimension
technique.
Remarque des plus
pertinentes, mais nous ajouterions que l’auteur du Livre
Vert a, lui, ajouté deux autres dimensions : la dimension
sociale et la dimension spiritualiste aussi bien à
l’intérieur de son pays qu’à l’extérieur grâce à la
rénovation fondamentale de la fonction diplomatique
libyenne.
VERS LA DIPLOMATIE
DES PEUPLES
Une des
particularités essentielles des Bureaux Populaires Libyens
est d’avoir comme mission de nouer des relations entre les
peuples. Cette nouvelle dimension rend encore plus
importante la rénovation qu’introduit dans la diplomatie
internationale l’auteur du Livre Vert.
Traditionnellement, les ambassades ont d’abord été destinées
à nouer des relations de monarques à monarques, puis d'Etats
à Etats. L’évolution logique de la diplomatie est donc
incarnée par cette volonté libyenne que ce soit maintenant
les peuples qui, entre eux, nouent des relations.
Nous retrouvons
cette conception illustrée dans la Revue d’Etudes des
Relations Internationales (édités à Paris) par le professeur
Francis Dessart qui s’y exprimait sur le dialogue euro-arabe :<<
il n’entre pas dans notre intention de minimiser
l’importance du dialogue interinstitutionnel : il peut
revêtir des aspects intéressants, déterminants même pour les
deux parties. Mais un dialogue entre l’Europe réelle et
complète d’une part, la Nation arabe d’autre part doit
absolument dépasser les dispositions administratives et se
muer en un dialogue de peuples à peuples... Maniant le
paradoxe - ajoute le professeur Dessart - nous dirions
qu’ainsi le dialogue serait hissé au niveau de la base>>.
Cette approche est
pertinente car à quoi peut-il servir que des diplomates -
même honnêtes et compétents - négocient entre-eux si, en
parallèle, rien n’est fait pour que les peuples concernés se
connaissent mieux, se comprennent et s’estiment.
A notre époque qui
est caractérisée par une autre évolution – révolution même –
celle de l’information et de la communication, la diplomatie
internationale est d'une importance trop vitale pour qu'elle
reste enfermée dans des limites surannées et qui ne la
mettent pas à la portée des populations concernées.
En posant le
premier jalon d'une nouvelle diplomatie, la Jamahiriya Arabe
Libyenne a – sans contester – ouvert la voie à des meilleurs
relations entre les peuples, à une coopération plus
fructueuse entre les nations du monde entier, pour un monde
plus juste, plus fraternel ou la paix devra régner pour le
plus grand bonheur de chacun.
Analyse
réalisée par
Emile
Van Huynegem,
Président International de l'Institut
des
Relations Diplomatiques (Bruxelles)
EXTRAIT
de « LES PROBLEMES POLITIQUES »
LA
TROISIEME THEORIE UNIVERSELLE ET LE NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE
INTERNATIONAL
Il serait bien
difficile si non impossible de saisir la portée réelle de la
politique économique de la Jamahiriya Libyenne si l’on ne se
plaçait dans un cadre global ;c’est-à-dire, un cadre
débordant les frontières nationales voire même
continentales. En effet, parler d’un ordre économique
mondial quelconque implique, avant tout, des rapports
économiques entre pays à l’échelle du monde. Dans le cas en
présence, disons d’emblée que notre propos se limite aux
rapports économiques qui lient deux grandes entités à force
inégale. Il s’agit d’une part d’un centre fort constitué des
Etats-Unis d’ Amérique, du Japon flanqués par l’Europe de
l’ouest, d’une péripétie faible et plus hétérogène que
jamais. En d’autres termes, il s’agit des rapports
économiques entre pays capitalistes à économies avancées et
pays capitalistes à économies retardées se situant en
Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.
Quelles que soient
les différences d’ordre culturel, social, politique et
idéologique les séparant, ces pays de la périphérie
souffrent d’une maladie : le sous-développement (sous tous
ses aspects), lequel ils attribuent dans une grande mesure
au pillage de leurs richesses nationales par les
impérialistes américains, Européens et plus récemment,
nippons.
Point n’est besoin de
nous engager dans la controverse au sujet de la
responsabilité de l’ouest ou du Nord (pour utiliser le
langage en vogue) à l’égard du sud, le temps et les limites
de cet essai ne nous le permettant pas. Soulignons en
passant que ces pays, qu’on se place sous l’optique
économique du Groupe de 77,sont tous, victimes de
l’engrenage capitaliste car, quand bien même ils ne fussent
pas tous colonisés, ils se trouvent tous frappés. C’est là,
pensons-nous, la raison d’être du nationalisme économique et
des grands ensembles économico-politique qui bourgeonnent ça
et là. C’est là le mortier qui unit les pays de la
périphérie en dépit de leur diversité. C’est dans ce cadre
du nationalisme économique que nous essayerons d’interpréter
la réponse libyenne aux problèmes du sous- développement et
de la construction nationale face à la domination
impérialiste. D’emblée,il ressort que l’analyse du processus
de libération,de la lutte pour l’indépendance économique
serait inadéquate si elle se limitait à la dimension
nationale. Ceci est d’autant plus vrai qu’il s’agisse de la
Libye, cette bête noire de la presse occidentale. Pour des
raisons pratiques, la présente analyse s’efforcera de mettre
l’accent sur la dimension internationale. Ceci se comprend
d’autant plus que de l’Amérique étant, il est pratiquement
impossible d’obtenir des informations fraîches et non
colorées sur la situation intérieure de la Libye. Point
n’est besoin de souligner, la presse, tout en informant ou
mal informant l’opinion publique, crée, de par le fait
l’opinion. Pour ne pas en dire plus, l’occident s’efforce de
forger une image d’une Libye qui n’existe que dans les
cerveaux des réactionnaires occidentaux. C’est pourquoi il
nous faut transcender les abus de langage qui ont marqué le
conflit entre la Libye et l’Ouest (les Etats-Unis en
particulier) dans la conjoncture présente afin d’appréhender
les problèmes fondamentaux qui sous-tendent la dialectique
de domination et de subordination caractérisant les rapports
entre le Nord et Sud, c’est-à-dire, entre exploitation d’une
part, et exploités, d’autre part.
LE CONTENU POLITIQUE
DU NATIONALISME ECONOMIQUE EN PAYS PERIPHERIQUES
Comme nous l’avons
souligné plus haut,suite à leur intégration dans le système
capitaliste mondial, les pays satellites accusent entre
autres faiblesses,celle d’être des économies
extraverties,c’est-à-dire désarticulées et mal intégrées. A
ce titre,ils servent des réservoirs aux économies
industrialisées de l’occident lesquelles y puisent les
matières premières nécessaires à leur fonctionnement tout en
y déversant les surplus des biens non consommes ou rejetés
par leur marché intérieur.
Ce mal agencement
des économies périphériques dues essentiellement à leur
intégration dans un espace économique extérieur explique
leur incapacité de développer un marché intérieur de nature
à stimuler la production et de la circulation des biens
locaux. Dans la même veine, s’expliquent les difficultés
insurmontables dans les domaines de la formation des
capitaux, des balances commerciales et des payements. En
d’autres termes, la nature extravertie de ces économies
explique leur dépendance vis-à-vis du Centre et donc leur
sous-développement. Ceci explique la poursuite de
l’indépendance économique après pratiquement plus de deux
décades d’indépendance politique. Ce fait a été bien compris
par Norman Girvan qui souligne :
Dépendance,
sous-développement, et le conflit endémique sont
(intimement) liés à l’intégration de ces économies dans un
système impérialiste de corporation.
Par impérialisme
de corporation, nous entendons un système de capitalisme
international à deux caractéristiques fondamentales.
Premièrement les fondations de pouvoir dans ce système
mondial sont détenues par les propriétaires et gestionnaires
des capitaux. Ces autres groupes, gouvernement,
bureaucratique, travailleurs, les chômeurs sont, à un plus
grand ou moindre degré, dominés, dépendants, exploités et
sous-développés. Le second trait est que ces rapports sont
institutionnalisés dans un cadre plus large et intégré des
firmes transnationales.
Pour être réelle,
l’indépendance économique devra, par dessus tout rompre ces
rapports de dépendance et de subordination qui constituent
la contradiction principale dans l’équation du développement
inégal entre le Nord et le Sud. Comme le souligne Mai
Volkiv, la poursuite de l’indépendance économique
Présuppose
l’inclusion d’un pays dans l’économie mondiale, mais d’une
manière telle que le pays puisse vigoureusement tenir ses
intérêts nationaux, poursuivre une politique étrangère
indépendante,interdire toute ingérence extérieur dans les
affaires économiques,jouir d’une pleine souveraineté sur ses
ressources naturelles et économiques,créer une économie
moderne développée, s’assigner des objectifs dans le
contexte de ses propres valeurs, et se choisir un système
social et économique à l’abri de toute ingérence extérieure.
Etant donné les
contradictions antagonistes des rapports Nord-sud,
l’indépendance économique des pays satellites ne
s’accomplira pas sans une lutte acharnée. D’où le
nationalisme économique doit viser à subvertir l’ordre
économique international existant plutôt que de rechercher
des solutions tendant soit à modifier des firmes
multinationales,soit à injecter de l’oxygène dans une
économie capitaliste essoufflée,encore moins, à recourir à
des accords compromettants.
Comme le souligne
Norma Girvan, le nationalisme économique ne peut s’affirmer
qu’en assurant la souveraineté sur les ressources
naturelles en privant les corporations de leur propriété
dans ces industries. Cela implique aussi un changement
tenant à une véritable résolution socialiste la seule
capable d’éliminer toutes les bases d’appui
politico-économique dans les pays du tiers-monde et
réorienter la vie économique dans l’intérêt des masses
populaires. Au delà, cela exige une transformation
idéologique : Le développement d’une conscience, d’une
réalisation qu’il faut des models de développement
alternatifs et un genre de vie qui fera que ce que les
firmes transnationales ont à offrir devienne inapproprié,
voire même nuisible.
Pour comprendre et
accepter cette logique, l’on doit partir de la prémisse
selon laquelle le processus du développement est une réalité
laquelle, comme toute autre réalité sociale est
contradictoire .Bien plus, l’on ne saurait trop le
souligner, la contradiction principale opposant le Nord au
Sud étant antagoniste requiert, pour sa résolution la mort
de l’élément dominant da l’équation, condition sine qua non
à l’épanouissement du membre dominé. Ainsi que la souligne
M. Shirokov,
Dans un conflit entre
deux contraires mutuellement exclusifs, entra différentes
tendances d’un développement, entre l’ancien et le nouveau,
une des tendances se développe, en devenant ainsi la
tendance motrice, et ceci définit le caractère et la
direction d’un processus. Mais tel ou tel aspect ou tendance
d’un développement ne devient principal qu’au travers des
conflits.
Cela compris, passons
maintenant à l’examen de la problématique du nationalisme
économique Libyen tel qu’exprime dans le Livre Vert ou mieux
dans la pensée du Colonel Moammar Kadhafi.
Dès son arrivée au
pouvoir, le Colonel Kadhafi s’est rendu compte de la gravité
du problème posé par l’exploitation impérialiste des
ressources naturelles et humaines de son pays. Pour lui, le
problème de sous-développement libyen trouve sa source et
son explication dans la contradiction entre les moyens de
production et les forces de production. Celui qui produit
est aussi celui qui consomme. Les travailleurs salariés sont
un type d’esclavages, peu importe des majorations des
salaires.
Cette hypothèse de
base devient encore plus claire lorsqu'il est écrit : La
solution ultime est d'abolir le salariat, d'émancipé l'homme
de l'esclavage du salariat et de retourner à la loi
naturelle laquelle définit les rapports (humains) avant la
naissance des classes, des formes de gouvernement et des
lois faites par l'homme. En guise d'une prescription
efficace au mal du sous-développement, le Livre Vert
recommande le socialisme naturel , lequel est basé sur
l'égalité entre les facteurs économiques de production et
entre l'individu et sur l'équilibre entre la consommation et
la production naturelle.
Concernant la plus
value caractérisant le système du capitalisme colonial
d'avant la révolution de septembre, le Livre Vert prescrit
ce qui suit : La solution finale est l'abolition du
profit. Mais puisque le profit est la force motrice de
l'activité économique, son abolition est une décision que
l'on ne peut prendre à la légère. Elle devra être le
résultat du développement de la production socialiste lequel
- le requiert la satisfaction des besoins matériels de la
société. L'engagement à augmenter le profit aboutira
finalement à sa disparition.
L'on voit donc qu'en
théorie, le nationalisme économique libyen vise à créer une
nouvelle société. Et comme le souligne le Livre Vert, la
nouvelle société socialiste n'est rien de plus qu'une
conséquence dialectique des rapports injustes qui
prédominent dans ce monde. Elle a produit la solution
naturelle, notamment, une propriété privée pouvant
satisfaire les besoins (de son propriétaire) sans exploiter
les autres, et une propriété socialiste dans laquelle les
producteurs sont partenaires dans le procès de production.
La propriété socialiste a remplacé la propriété privée basée
sur la production des salariés lesquels n'avaient aucun
droit sur ce qu'ils produisaient.
En ces points
saillants, l'idéologie économique de la JAMAHIRIYA coïncide
(du moins en théorie) avec la pensée bolchevique de la
période de transition. En effet, écrit Nicolaï Boukharine.
La transformation
du processus de création de la plus-value en un processus de
satisfaction systématique des besoins sociaux,trouve son
expression dans le regroupement des relations de production,
malgré le maintien formel de la même place dans la
hiérarchie du système de production, lequel système,dans son
ensemble, revêt un caractère différent, le caractère de la
négation dialectique de la structure capitaliste et qui
aboutit, dans la mesure ou ça détruit le caractère de caste
social de la hiérarchie, à l'abolition de la hiérarchie
comme un tout.
LA PRATIQUE
REVOLUTIONAIRE DU LIVRE VERT
Au delà des mots, le
Livre Vert a produit une transformation qualitative des
forces et de la place au sein du système de production. En
effet, après la saisie d'une grande partie des entreprises
privées (exception faite de l'industrie pétrolière), la
Jamahiriya a instauré un système de gestion sans précédent :
la gestion populaire. L'objectif est de permettre au peuple
de gérer ses propres affaires sans intervention extérieure,
à l'abri de tout danger d'exploitation et de domination.
Selon Abdel Kader
Ayed Amer, la gestion populaire cherche à mobiliser les
ressources humaines et matérielles de façon à réaliser les
objectifs de la société (objectifs matériels et autres).
Pour ce faire, des
comités d'action populaires ont été organisés à tous les
niveaux de la production. Ce qui permet aux producteurs
(directs) de participer en tant que partenaires dans le
système de production et dans le mécanisme des décisions.
Grâce au comité populaire, le congrès des producteurs peut
exercer les fonctions qui lui sont confiées par la base et
non par le sommet de l'entreprise.
Bien plus, la
gestion populaire a semblé résoudre si pas totalement,
certainement dans une grande mesure, les problèmes de
chômage, de sous-emploi et de rendement.
En tant que
partenaires, c'est-à-dire, co-propriétaires de l'entreprise,
les producteurs se voient dans l'obligation de produire
selon leur capacité car la productivité dépend de leur
survie. A ce même titre, ils ne sauraient être chômeurs tant
que l'entreprise continue d'exister. D'où, écrit Abdel Kader
Ayed Amer, les relations de domination qui étaient la règle
entre employeurs et travailleurs salaries, l'ère
d'exploitation esclavagiste et du salariat viennent de
connaître leur fin.
Force nous est donc
de remarquer avec Nicolaï Boukharine que : Sous ces
circonstances, nous avons devant nous, un changement
dialectique des Fonctions des organisations des
travailleurs. Il est parfaitement clair qu'il peut en être
autrement dans la transposition des relations de domination,
parce que la classe travailliste, qui a saisi le pouvoir de
l'état, doit inévitablement devenir le pouvoir qui parait
être l'organisation de la production.
L'on peut donc dire
que la socialisation des moyens de production, la création
des comités de gestion et du congrès populaire s'inscrivent
dans la logique même du processus de transformation. Cette
logique exige l'intégration de toutes les cellules,de tous
les particules des forces productives dans le processus
d'organisation populaire de façon que l'action des unes
complète celle des autres,le tout devant mener a la
matérialisation de l'objectif collectif:la création de la
société sans classes.
C'est sous cette
perspective pensons-nous qu'en a conçu et organisé le
congrès des producteurs qui a pour tâches de déterminer les
voies et les moyens d'augmenter la production et d'étudier
les propositions lui sont soumises par le comité populaire.
En gros, les tâches
du comité populaire sont celles que traditionnellement
étaient réservées au conseil de gestion dans toute
entreprise capitaliste (planification, prévision
budgétaires, compatibilité, coordination des activités entre
les différents secteurs, etc.)
Dans ce même ordre
d'idées, la Libye poursuit un programme d'industrialisation
centre sur la production manufacturière des produits
destinés avant tout à la consommation locale. Ce plan est
appuyé et guidé par le Centre de Recherche Industrielle
lequel conduit des études de faisabilité, apporte
l'assistance technique nécessaire à l'industrie et
entreprend des recherches industrielles appliqués, notamment
des recherches géologiques : c'est dans ce cadre que
rentrent les dépenses énormes consenties au profit de la
formation des cadres techniques nationaux.
Sur le plan
pratique, la politique économique de l'autogestion a produit
les résultants escomptés. Non seulement que les producteurs
directs jouissent des avantages sociaux remarquables
(vacances, maternité, hospitalisation), ils ont aussi acquit
le droit de participer dans le profit réalisé par
l'entreprise.
Bref, la stratégie
de développement articulée dans le Livre Vert et son
application par l'état libyen vise le but ultime de
conquérir l'indépendance économique et d'altérer l'ordre
économique international en place.
En quoi l'approche
de la Jamahiriya diffère-t-elle de celle des autres ? Pour y
répondre, il nous faut examiner le problème posé par l'ordre
économique international à l'époque de la crise du
capitalisme, du point de vue des pays avancés aussi bien que
de celui de moins avancés. Quoi de mieux indique que de
procéder à l'analyse du dialogue Nord-Sud.
LE NOUVEL ORDRE
ECONOMIQUE ET LE DIALOGUE NORD-SUD
D'aucuns ne s'en
doutent, la crise du capitalisme est une crise structurelle
n'épargnant personne, frappant plus fortement les uns que
les autres. Comme on le sait, la crise, en définitive,
signifie l'impossibilité de maintenir l'ancien niveau de
valeurs, de prix et de taux de profit, avec une masse de
capitaux accrue. C'est le conflit entre les conditions
d'accumulations et de mise en valeur du capital, qui n'est
que le déploiement de toutes les contradictions inhérentes
au capitalisme, qui interviennent toutes dans cette
explication des crises : contradictions entre le
développement majeur de la capacité de production et le
développement plus restreint de la capacité de consommation
des larges masses; contradictions issues de l'anarchie de la
production résultant de la concurrence,de l'augmentation de
la composition organique du capital et de la chute du taux
de profit. Comme utilisé donc, le terme crise revêt le sens
qui lui a été donné par Karl Marx, en référence aux crises
économiques et commerciales, lesquelles étaient des
interruptions dans les procès de production et
d'accumulation de capital, et qui prenaient la forme (1)
d'accumulation des biens qui ne pouvaient être vendues à
profit, (2) des banqueroutes généralisées, (3) de panique
financière, de réduction, (4) de production, et (5)
de chômage accru. (15) Sans vouloir reprendre l'historique
du capitalisme, il convient tout de même de rappeler qu'il
ne s'agit pas d'une histoire continue. Elle alterne des
phases d'expansions avec des phases de crise structurelle.
On peut distinguer quatre phases d'expansions: 1815-14,
1850-70, 1890-1914, 1948-67, et quatre phases de crise
structurelle: 1815-14,1870-90,1914-48 et la période après
1967. (16) Faute de temps et pour le besoin de la cause,
nous allons nous limiter à la crise actuelle, laquelle se
distingue des crises passées
(1848-1849,1953-1954,1957-1958,1960-1961) par les
caractéristiques suivantes: -- durée plus longue des phases
d'expansion; -- moindre intensité des crises; --existence
d'une hausse des prix permanente, y compris durant les
phases de récession. (17) À ces caractéristiques s'ajoutent
certains faits nouveaux. Pour la première fois, l'aigle
semble baisser la tête. Incapables de concurrencer le Japon
et l'Allemagne, les industries Américaines, particulièrement
celles de l'acier et de l'automobile crient S.O.S. On
sollicite de l'état des mesures protectionnistes. Du côté
financier, ni le Dollar, ni les devises fortes de
l'Allemagne ne pouvaient échapper à la crise.
Avec la montée du
pétro-dollar, les capitaux occidentaux ont très peu de
débouchés. Et quand ceux-ci s'ouvrent, les clients sont,
dans la plus part de cas, trop pauvres et leur solvabilité
est incertaine.
En gros, la
situation se ramène à ceci : le centre, toujours fort mais
certainement affaibli par des contradictions internes
cherche à se regrouper aux dépens de la périphérie.
Celle-ci, malgré des similarités poignantes, reste à
partager idéologiquement et politiquement et demeure
essentiellement un débouché des biens manufacturés par le
centre tout en continuant son rôle de fournisseur des
matières premières (lesquelles lui rapportent de moins en
moins) à ce même centre. Et cependant, tout le monde
continue à s'interroger sur les voies et moyens à prendre
pour sortir de la crise.
LES PRESCRIPTIONS DU
CENTRE
Suite à l'appel de
Houari Boumediene pour un nouvel ordre économique
international, l'Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU)
décida d'élaborer une Charte Générale des Droits Economiques
et Obligations des Etats (CGDEOE) en décembre 1975. Parmi
les points saillants de la charte l'on peut citer:
1) La souveraineté sur
les ressources nationales
2) L'amélioration des
termes d'échange pour les producteurs des matières
premières.
3) Une augmentation des
ressources transférées aux pays en voie de développement.
Partant de la
charte, les négociateurs de la septième session spéciale des
Nations Unies sur le Développement Economique et Coopération
Internationale arrivèrent à un accord de principe. La
résolution formulée par le Groupe de 77, les Etats-Unis
d’Amériques, la Communauté Economique Européenne et le Japon
faisait appel à ce qui suit:
1) Etendre et
diversifier le commerce, améliorer la productivité et
augmenter les revenues sur l'exploitation des pays en voie
de développement.
2) Assurer des prix rémunérateurs stables et équitables pour
les matières premières exportées, et protéger le pouvoir
d'achat(des pays exportateurs);
3) Réduire en supprimant les barrières tarifaires et
non-tarifaires affectant les exportations des pays moins
développés;
4) Augmenter le volume et améliorer les termes d'assistance
au développement;
5) Atteindre le seuil officiel de 0.7du produit National
Brut des pays donnant à la fin des années 1970's;
6) Améliorer les conditions d'accès au marche mondial des
capitaux en faveur des pays en voie de développement;
7) Alléger le poids de l'endettement des pays le
sérieusement affectés;
8) Donner au tiers-monde une plus grande voix dans la
gestion des institutions financières internationales et un
plus grand accès à leurs ressources;
9) renforcer le
contrôle et la surveillance sur la création et la
distribution équitable des liquidités a l'échelon mondial;
10) faciliter le procès
d'industrialisation dans le monde en voie de développement.
(18)
Cette résolution représente un courant de pensée propre
aux leaders contemporains tant du centre que de la
périphérie. Elle reflète l'esprit de beaucoup de conférences
internationales organisées autour de ce même sujet. Il n'en
reste pas moins qu'en dépit de leur engagement à sauvegarder
l'impérialisme de corporation, l'on peut discerner au sein
de ce grand courant de pensée au bon nombre de sous-courant
allant de la rejection totale des demandes de pays
périphériques à la proposition d'un nouveau plan Marshall
pour la périphérie.
Pour Jimmy Carter et
ses alliés de la Commission Trilatérale, la solution idéale
parait être le démembrement du Groupe de 77 et du Mouvement
du Non-Alignement. Ils cherchent à diviser davantage les
pays de la périphérie en détachant du bloc non-aligné ceux
de mieux nantis, les appelant à jouer le rôle des zones de
sous impérialisme.
Pour les libéraux et
sociaux-démocrates européens, la solution réside en un plan
Marshall. Ainsi, sir Braine souligne le point suivant: …
Tout ceci nous amène inévitablement à une conclusion: les
pauvres du monde, loin de constituer un problème
insurmontable, sont l'issue de secours aux difficultés
croissants des pays industrialisées. Nous avons grandement
besoin les uns des autres. Le monde est devenu trop petit et
les riches ne peuvent plus continuer à ignorer les pauvres.
(19)
Streeten aborde dans
le même sens et nous parait même plus direct quand il écrit:
Tout comme le premier Plan Marshall était basé sur la
notion d'association et
mettait les ressources américaines à la disposition de
l'Europe à condition que les Européens participassent à leur
propre recouvrement, le nouveau plan envisage de rassembler
les ressources et d'atteindre des objectifs communs. Tous
les pays, développés et en voie de développement, seraient
invités à contribuer à un certain pourcentage du produit
national brut (0.3 si possible) à un fonds global destiné à
satisfaire les besoins de premières nécessités humaines.
(20)
Cette proposition
est bien proche de celle de l'ancien Chancelier Allemand
W.Brandt, lequel recommandait un programme d'urgence.
Ronald Reagan,
représentant l'extrême droite refuse de reconnaître les
doléances de la périphérie et insiste que les négociations
se poursuivent à travers les institutions internationales
existantes. Ainsi, au sommet de Chacun (Oct/nov 1981), la
délégation des Etats-Unis soumit un programme demandant la
libéralisation du commerce, le développement des ressources
alimentaires et énergétiques et une amélioration du climat
d'investissements. Ce plan ne fut aucune mention des
arrangements financiers nécessaires à résoudre le problème
de l'endettement des pays périphériques. Rebutant le plan
Reagan, le Financial Times écrit, « les leçons du
Président Reagan et des autres sur les vertus des marchés
libres sont difficiles à réconcilier avec les contrôles
restrictifs de plus en plus accrus et apparemment permanents
comme le Multi Fibre Arrangement ». (21)
Une autre solution
de type libéral sortie de la conférence d'Arush (du 12 au 16
Février 1979) met l'accent sur les prix des matières
premières. Elle avance l'idée d'un Fonds Commun. L'idée de
base est que chaque marchandise intégrée dans ce programme
ferait l'objet d'un arrangement international spécial sous
lequel un comité achèterait la marchandise pour emmagasinage
en temps de surproduction et pour la vente en temps de
carence. Ceci aiderait à maintenir les prix dans les limites
acceptables.
LES PRESCRIPTIONS DE
LA PERIPHERIE
Déjà en 1955, la
Conférence de Bandung posait les premiers jalons de ce qu'on
convient d'appeler aujourd'hui le Tiers-Monde. Alors que
l'attention des participants était centrée sur les questions
politiques, la conférence n'avait pas pour autant négligé
l'aspect économique de la jeune alliance. D’où l'on
préconisait plusieurs mesures, dont l'établissement d'un
fonds des Nations Unis pour le développement économique,
l'encouragement à la création de banques et de compagnies
d'assurances nationales et régionales, la stabilisation du
commerce international etc.
Cette conférence fut
tenue à l'époque où la plupart de pays d'Afrique,
aujourd'hui membres du bloc non-aligné étaient encore des
colonies. Il n'en reste pas moins que Bandung pavait le
chemin pour Belgrade (1961) et le Caire (1964). A ce propos,
la remarque de Claudine Rulleau parait pertinente:
La première
(conférence) consacre aux questions politiques l'écrasante
majorité des résolutions finales (guerre froide, problèmes
de la paix dans le monde, lutte contre la course aux
armements, protestation contre l'utilisation de l'énergie
atomique à des fins militaires, etc...); la portion congrue,
réservée à la partie économique, contient néanmoins
l'essentiel des revendications tiers-mondistes, dont les
pays industrialisés auront bien du mal à se pénétrer.
Plus précisément, la
résolution stipulait ce qui suit:
Les participants (...) estiment qu'il faut s'efforcer de
remédier au déséquilibre économique hérité du colonialisme
et de l'impérialisme (...); jugent nécessaire de combler,
grâce à une accélération du développement économique,
industriel et agricole, l'écart toujours plus prononcé des
niveaux de vie entre quelques pays hautement industrialisés
et nombreux pays économiques peu développés; recommandent la
création immédiate, dans le cadre des Nations Unis, d'un
fonds d'équipement; développés et (...) que des efforts
constructifs soient faits pour supprimer les frustrations
excessives du commerce des produits de base (...); exigent
que les résultats de la révolution scientifique et technique
soient utilisés dans tous les domaines du développement
économique pour hâter l'avènement de la justice sociale sur
le plan international. (23)
Au Caire, les mêmes
doléances furent articulées bien qu'une fois de plus
l'accent était placé sur ce que Nasser appelait le
neutralisme positif. Presque deux décades après, bon nombre
de conférences autour du même sujet continuent à abonder
dans le même sens. Point n'est besoin de souligner, les
résultats ont été négatifs dans l'ensemble. Bien souvent,
les solutions avancées par les pays périphériques sont des
solutions de compromis dont le net effet parait plutôt une
consolidation des forces de l'exploitation. Loin de mener à
la rupture, elles visent au maintien du statu quo.
Bien entendue,
beaucoup de ces pays ont essayé de recourir à des solutions
radicales, notamment à la nationalisation des moyens de
production dans certains secteurs de l'économie nationale.
L'Algérie de Boumediene est certainement un cas en espèce.
Selon l'artisan du capitalisme d'Etat,
L'entrée des pays du Tiers-monde dans le processus du
développement est accompli, par dessus tout, en exerçant une
souveraineté effective sur les ressources du sol et du
sous-sol et en exerçant un contrôle effectif sur les revenus
qui dérivent de ce développement. (24)
Pour lui, la seule
condition acceptable est la nationalisation. En effet
écrit-il,
« seul l'acte de nationalisation des moyens de
développement des ressources naturelles créera une situation
telle que chaque pays tire profit de ses ressources. La
nationalisation rend tout ceci possible en:
- plaçant tout le
courant financier dans le pays hôte et en donnant aux
économies nationales les avantages qui en découlent;
- augmentant considérablement les revenues financiers
directs du pays hôte;
mettant fin à l'état ferme des moyens d'exploitation, les
intégrant entièrement dans la structure économique du pays
hôte, rendant possible la création de nombreuses
opportunités en matière d'investissement ». (25)
Sans aucun doute, la
nationalisation des moyens de production est une condition
nécessaire à la transformation de l'ordre économique établi,
malheureusement, dans bien de cas, elle est devenue une fin
en elle-même. D’où elle a donné naissance soit à un
capitalisme d'état, soit à une économie mixte toujours
dominé par une bourgeoisie étrangère.
Si dans le premier cas l'on réussi à réduire le degré de
domination étrangère et de dépendance,dans le second cas,
l'on a renforcé la position des impérialistes dont les
intérêts sont désormais liés à ceux de la bourgeoisie
nationale née de l'acte de nationalisation. Dans l'un comme
dans l'autre cas, la situation du producteur direct est
restée inchangée. Il continue à travailler pour un salaire
de famine, il n'a aucun pouvoir dans la gestion de
l'entreprise, l'exploitation au profit de la bourgeoisie
tant nationale qu'étrangère se poursuit et dans certains
cas, s'intensifie.
CONCLUSION
Dans quelle mesure
peut-on considérer la troisième théorie universelle comme
étant une pensée originale? Qu'a-t-elle en commun avec le
Marxisme Léninisme par exemple? Quels sont ses rapports avec
l'Islam? Voila bien de questions que l'on ne cesse de se
poser dans les milieux académiques. Aussi légitimes qu'elles
nous paraissent toutes, nous avons résisté à la tentation de
prendre cette voie, laquelle court souvent le risque de
monter des lits de Procuste. Notre propos était de démontrer
que dans le conflit Nord-sud, les solutions de compromis,
toujours basées sur la bonne foi du Nord n'ont apporté aucun
soulagement au mal du sous-développement. Pire encore, ces
solutions s'inscrivent toujours dans le cadre des
institutions internationales établies et bien souvent ont
pour effet de résoudre les problèmes du bloc fort aux
dépends de la périphérie.
La troisième théorie
universelle, voulant saisir le buffle par les cornes a pris
le chemin de la confrontation directe. Avec le travailleur
direct au centre de combat, et le peuple tout entier engagé
dans la lutte, ont cherché non pas un compromis mais une
victoire contre l'impérialisme, contre les forces
d'exploitation. A court terme, la pratique révolutionnaire
de la Jamahiriya semble répondre à tous les problèmes de la
classe travailliste. A long terme, elle a posé les jalons du
chemin devant mener vers la collectivisation des moyens de
production et de distribution.
Malgré ce succès
apparent, il nous parait plus réaliste de parler en terme de
victoire partielle. En effet, tant que le secteur clé de
l'économie, c’est-à-dire le secteur pétrolier n'est pas
encore sous le contrôle total des producteurs directs, tant
que le pays dans son ensemble reste plus une entorse dans le
système plutôt que la normale, tant que la théorie refuse de
clarifier et de résoudre certaines contradictions internes
tenante de la religion et de la culture, le danger d'une
victoire finale des impérialistes est à craindre.
Par
Makidi-Ku-Ntima,
Ph.D
Dept.Sciences Politiques
Atlanta University, Georgia
Etats-Unis d'Amériques
EXTRAIT
de « LES PROBLEMES POLITIQUES »
METAPOLITIQUE ET
TROISIEME THEORIE UNIVERSELLE
« La
démocratie se confond exactement
pour
moi avec la souveraineté. La
démocratie, c'est le gouvernement du
peuple exerçant la souveraineté
sans
entrave ». Charles de
Gaulle
Refusant la fausse
alternative qui ne laisse le choix qu'entre le capitalisme
sauvage et le marxisme, la Troisième Théorie Universelle se
situe immédiatement dans une autre dimension de la
politique,très loin des réductionnismes et de la
superficialité des pratiques politiciennes.
Faisant le procès de
la démocratie figée, le mahatma Gandhi trouvait le
capitalisme moderne d'autant plus dangereux qu'il berce les
peuples dans une sécurité trompeuse et lui reprochait de ne
pas seulement asservir les corps comme la féodalité, mais
aussi d'infecter et de détruire l'âme.
En parallèle, nous
trouvons chez Emmanuel Mounier une semblable démarche,
mais à l'encontre du marxisme: En vidant l'individu de son
intériorité et le monde de son mystère, en affirmant
l'imminence sans la transcendance et le temps sans
l'éternité; le marxisme s'est privé de toute une dimension
du réel; car il faut aussi se jeter dans les profondeurs
intérieures pour bien lire les secrets de la nature. Contre
Marx, nous affirmons qu'il n'y a de civilisation et culture
humaine que métaphysiquement orientées.
Cette double
orientation spiritualiste et cette référence à la
métaphysique dans le domaine politique nous amènent à
considérer l'utilité sémantique d'un terme qui situe
d'emblée une certaine vision de la politique au sens actuel
de ce terme.
La métaphysique est
la partie de la philosophie qui traite des premiers
principes de la connaissance, la connaissance des causes
premières. Outre son sens synonymique de philosophie
première, la métaphysique concerne aussi plus largement
toute réflexion sur le sens du monde et la place de l'homme
dans l'univers.
Le message contenu
dans le Livre Vert est d'ordre politique, mais ses
préoccupations dépassent largement ce que l'on entend
habituellement de nos jours par politique. La constante
référence spiritualiste d'une part, la démarche globalisante
d'autre part, sont là pour donner une nouvelle dimension à
la Troisième Théorie Universelle, laquelle n'est pas
seulement une doctrine politique.
Recherchant,
l'origine de la vie en société et en tirant les conclusions
qui s'imposent, réfléchissant à la place de l'homme dans
l'humanité et l'univers, cette théorie va même plus loin que
le sens étymologique de la politique; elle va jusqu'aux
origines premières de la pensée.
Nous définirons donc
la Troisième Théorie Universelle comme une METAPOLITIQUE.
PARALLELISME AVEC D'AUTRES
PENSEURS
Sans vouloir faire
remonter trop loin dans l'histoire une analyse comparative,
nous nous bornerons à situer la pensée du Livre Vert par
rapport à certaines démarches de ce siècle et du siècle
précèdent.
D'une manière
confuse et éparse, nous retrouvons des thèmes présentés par
le Livre Vert chez divers penseurs et courants politiques.
La critique du parlementarisme au nom de la loi naturelle
est présente chez Maurras tandis que la même démarche au nom
du pouvoir direct du peuple se retrouve chez les
anarchistes. Mais il est évident que la pensée du Livre Vert
ne peut guère se comparer au conservatisme de Maurras ou
l'incohérence tragique de la pratique anarchiste.
Cependant, un
penseur européen avait développé en son temps des thèmes
dont certains ne sont pas étrangers à la Troisième Théorie
Universelle: à savoir Pierre-Joseph Proudhon qui se situe
dans l'ensemble de l'idéologie du fédéralisme intégral.
Adversaire de la
centralisation systématique et de la dépersonnalisation des
rapports institutionnels autant qu'économiques, Proudhon
prôna une synthèse politique qui s'opposait à la fois aux
excès du capitalisme et au totalitarisme qui se trouvait
déjà en gestation dans les écrits de son contemporain Karl
Marx.
Pour très séduisante
qu'elle soit – surtout à notre époque où les deux systèmes
politico-économiques ont prouvé leur faillite respective –
la pensée de Proudhon pêche par un défaut: le matérialisme.
Etranger à toute préoccupation spirituelle et métaphysique,
Proudhon ne présenta donc qu'une synthèse où l'une des
composants de base – donc essentielle – manquait.
A l'inverse, la
pensée du grand écrivain français Charles Péguy est tout
empreinté de foi et de mysticisme. Mais bien que se
rattachant aussi au fédéralisme intégral - dont l'élément
central de toute la fédération était la plus petite unité, à
savoir l'homme – Péguy pêche par une autre manque: celui
d'une approche économique de son idéologie.
Après le fédéralisme
intégral de Proudhon et le socialisme mystique de Charles
Péguy, l'Europe connut aussi d'autres efforts de synthèse
qui, sans nécessairement l'affirmer comme telle,
recherchaient une sorte de voie nouvelle, une troisième voie
...
La France vit se
développer l'idéologie solidariste. Courant libéral
progressiste, le solidarisme eut pour père Léon Bourgeois
qui fut président du Conseil (premier ministre) en 1895/96
et Prix Nobel de la Paix en 1920. La décennie précédente, la
Belgique vit se réunir en mai 1887 un congrès libéral
progressiste dont les grands noms furent Paul Janson et
Charles Gilisquet.
Ainsi se posèrent les premiers jalons du radicalisme
politique qui revêt bien des formes différentes
selon les pays non pas par manque d'idéal ni de
volonté mais peut-être par manque d'une synthèse
métapolitique.
La quête d'une
troisième voie fut aussi illustrée sur le plan économique
par Silvio Gesell, économiste argentin d'origine allemande.
Dans les pays du
Tiers-monde, la lutte pour l'indépendance puis les premières
années de la décolonisation permit l'éclosion de mouvements
politiques nationalistes qui, selon les aléas du moment, se
dotèrent plus ou moins précisément d'idéologies originales.
Une étude approfondie de la sémantique politique permettrait
d'analyser à quel point la terminologie politique
traditionnelle ne recouvre le plus souvent que des prises de
position circonstancielles sinon opportunistes. A des très
rares exceptions, les mouvements politiques issues des
guerres de libération retombèrent, même inconsciemment ou
contre leur gré, dans le piège de l'alternative Est-ouest,
les uns donnant des gages à la démocratie formelle
occidentale, les autres adoptant une phraséologie marxiste.
Celui qui s'approcha
le plus d'une réelle théorie universelle fut le Mahatma
Gandhi, le père de la nation indienne.
LA PHILOSOPHIE
POLITIQUE DE GANDHI
Profondément
croyant, Mohandas Karamchand Gandhi
souhaitait par dessus tout spiritualiser la politique.
Connu surtout pour
son attachement à la non-violence et sa lutte contre les
discriminations raciales et religieuses, Gandhi fut un homme
ouvert qui ne refusa jamais la compréhension des grandes
religions.
Sa vision de
l'organisation de la société n'est pas sans analogie avec
celle que devait ébaucher Moammar El Kadhafi. Sa critique du
parlementarisme classique est aussi pertinente: C'est une
superstition et un sacrilège de croire que l'acte d'une
majorité lie une minorité. De même, Gandhi affirme: La
liberté véritable se réalisera non grâce a la conquête de
l'autorité par une seule élite, mais par la réalisation par
tous de la capacité – en d'autres termes, la liberté sera
atteinte par l'éducation du peuple, par sa prise de
conscience de sa propre capacité de gérer et de régulariser
l'autorité.
Voici comment le
Mahatma Gandhi voyait le schéma de la société idéale:
Cette structure
composée d'innombrables communes sera caractérisée par des
cercles s'élargissant dans un mouvement ascendant. La vie ne
sera pas à la pyramide dont le sommet est appuyé par la
base. Elle se présentera sous forme de cercle océanique avec
au centre l'individu toujours prêt à périr pour sa commune,
celle-ci prête à périr pour le cercle de commune qui
l'entoure, jusqu'à ce que la vie se compose d'individus sans
arrogance ni agressivité, toujours humbles tout en
participant à la majesté du cercle océanique dont ils font
partie. Et Gandhi de préciser: Aussi la circonférence
extérieure ne détiendra-t-elle pas les pouvoirs pour écraser
ceux de l'intérieur, mais elle leur donnera la force
nécessaire tout en dérivant d'eux à son tour sa propre
énergie.
Avec ses mots à lui
et dans le contexte qui lui fut propre, aussi bien au niveau
géopolitique que spirituel, Gandhi amorce une définition de
la société idéale qui se trouve comme une sorte de maillon
entre celle des penseurs fédéralistes et socialistes
mystiques européens d'une part. L'on y retrouve aussi une
réfutation du concept négatif de la lutte des classes,
laquelle est abandonnée au profit d'un esprit solidariste et
communautaire.
Gandhi envisageait
aussi les problèmes au niveau mondial car pour lui, sa
mission était celle de la fraternité entre les peuples.
CRITIQUE DE LA
POLITIQUE POLITICIENNE
Dans les pays
européens, la domination exclusiviste de la vie politique
par les partis a donné lieu a une définition: la
particratie, le pouvoir des partis lequel n'a plus rien
à voir avec l'idée de base de la démocratie.
Déjà Edouard
Herriot, homme politique français, avait eu ces mots
ironiques: La politique est l'une des branches de
météorologie. La météorologie est la science des courants
d’air.
Quant au grand poète
Paul Valery, il disait en substance: La politique était
auparavant l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui
les regarde. Elle est maintenant l'art de leur demander
constamment leur avis sur ce qu'ils ne connaissent pas.
D'autre part, parler
dans l'absolu de libertés démocratiques ne veut pas dire
grande chose. Ainsi le père spirituel du libéralisme
progressiste moderne belge – Paul Hymans (qui était de
religion protestante) se plaisait à affirmer: Est-ce que
l'homme isolé, ignorant, pauvre, comprimé par les besoins
matériels, est vraiment libre et capable d'exercer sa
liberté? Non ! Il n'y a pas de liberté dans l'ignorance et
la misère.
La lassitude des
citoyens réduits au rang d'électeurs régulièrement
occasionnels ne cesse de s'illustrer dans de nombreux pays
où le parlementarisme classique n'inspire plus que
désintérêt ou ironie.
Certes, il est
beaucoup trop aisé à des politiciens marginaux aigris de
leur constant insuccès ou à des partis extrémistes de faire
le procès du parlementarisme classique. Mais; il est bien
plus intéressant d'analyser la critique lucide posée par un
homme politique qui rompit avec force de tous ses candidats
publics, excède par le système politique actuel.
Nous voudrions ainsi
évoquer le livre Germes et bois morts dans la société
politique contemporaine publié récemment par l'ancien
ministre belge, le professeur François Perlin.
Ancien ministre de
la réforme des institutions, éminent juriste et
universitaire, François Perlin brosse un tableau lucide des
moeurs politiques belges, lesquelles se retrouvent dans bien
d'autres pays.
Voici quelques-unes
de ses réflexions:
- Dans certains pays,
comme la Belgique et la Hollande, où sévit une particratie
sans partage, ce sont les oligarchies de partis qui décident
des alliances souverainement: les électeurs n'ont pas été
appelés à donner une indication quelconque sur ce point.
- La particratie
contient, à la limite, en elle-même, les causes de sa propre
destruction. Elle peut vivoter longtemps, tant que la
société se suffit à elle-même, n'attend du pouvoir qu'un
service limité que continuent d'assurer les administrations
locales, régionales ou étatiques, malgré les carences
gouvernementales dues aux crises politiques. Mais lorsque
cette société se heurte à une crise trop grave, elle risque
de s'effondrer.
- Le capitalisme
prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux
monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de
folie suicidaire des hommes, pour que l'on tente partout
d'ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus
serein et plus sage.
Abordant le problème
de l'enseignement, François Perlin ajoute: La liberté
commande de faire front, ici comme ailleurs, contre
l'impérialisme des oligarchies.
Des hommes de
sciences tiennent le même raisonnement. Ainsi, le biologiste
Allemand Konrad Lorenz, Prix Nobel de Médecine, qui affirme:
Le magnat de la production capitaliste, comme le
fonctionnaire soviétique, veut avoir les moyens de
conditionner les hommes et d'en faire des être subordonnés,
uniformisés, parfaitement soumis... Lorsqu'une idéologie
mondiale et la politique qui en découle sont fondées sur le
mensonge, il faut s'attendre aux pires conséquences. La
doctrine pseudo-démocratique porte une large part de
responsabilités dans l'effondrement de la culture et de la
morale qui menace les Etats-Unis et qui risque d'entraîner
sa chute et le monde occidental tout entier.
Spécialiste européen
des sciences politiques, Alexandre Marc avance une critique
de l'Etat qui va dans le même sens que l'auteur du Livre
Vert. Il écrit: Pour asseoir la dictature de la majorité
sur la minorité, dictature qui se transforme immanquablement
en une dictature d'une fraction de plus en plus restreinte,
sur la majorité un seul outil, un seul instrument, une seule
mécanique: l'Etat.
Le concept
traditionnel d'Etat – et dirions-nous – sa déification par
ceux qui s'en servent, sont à l'origine de la plus
gigantesque escroquerie intellectuelle de tous les temps.
Cette notion-même d'Etat a été remplacée dans la patrie de
l'auteur du Livre Vert par celle de JAMAHIRIYA. Il ne s'agit
pas là de la simple traduction du terme de république -
lequel, avec le temps, ne veut absolument plus rien dire -
mais plutôt d'un terme qui englobe l'idée de communauté et,
plus précisément, de pouvoir communautaire, de communauté
participative, de société communicationnelle. Ce que nous
avons appelé la métapolitique se trouve bien au centre de
cette ébauche dynamisante d'une Troisième Théorie
Universelle dont la Jamahiriya apparaît comme une sorte de
creuset.
Nous avons voulu –
en nous référant à différents auteurs et penseurs modernes –
non pas associer ces derniers aux thèses de Moammar El
Kadhafi ni faire preuve d'une approbation personnelle, mais
bien prouver que la démarche de l'auteur du Livre Vert, tout
en étant originale, répond à un besoin que d'autres ont
ressenti. Certaines idées présentées dans le Livre Vert
furent illustrées isolement dans d'autres temps, en d'autres
lieux et par d'autres penseurs parmi lesquels nul n'a été
aussi durement calomnié que Moammar El Kadhafi. Peut-être
est-ce par ce que l'auteur du Livre Vert a tenté une
démarche de synthèse là où les autres posèrent des jalons
isolés ou, qui plus est, par ce que les circonstances lui
donnent raison?
EN GUISE DE
CONCLUSION
Il serait
impossible, vaniteux ou indécent, de poser une conclusion
définitive à la présente étude. Loin de clore un débat, elle
ne peut – au contraire—que l'ouvrir.
La seule conclusion
qui s'impose serait de souhaiter que la recherche d'une
Troisième Théorie Universelle garde sa valeur intrinsèque et
ne s'altère pas au contact de prétendus impératifs
diplomatiques circonstanciels. Car, de toute évidence, une
telle idéologie - radicalement nouvelle - attire deux sortes
d'ennemis: ceux qui s'y opposeront de front (et qui auront
le mérite de la sincérité) et ceux qui, pour la combattre,
essayeront de l'utiliser, de la dénaturer en la mettant à la
remorque d'une des deux théories auxquelles elle devrait
inéluctablement succéder.
L'auteur du Livre
Vert étant animé de principes religieux d'une grande valeur,
qu'il nous soit donc permis de poser ici, en guise
d'ouverture sur l'avenir, une citation du Dr. Albert
Schweitzer – grand humaniste libéral et pasteur témoin de la
foi protestante:
« Nous
entreprendrons, autant que le permet la force de la pensée,
de contraindre l'Etat moderne à s'intégrer à la spiritualité
et à la moralité d'un Etat civilisé, tel que le respect de
la vie le conçoit. Nous lui demanderons de dépasser en
spiritualité et en moralité tout ce qu'on n'avait jamais pu
attendre d'un autre Etat. Le vrai progrès est dans
l'aspiration à l'idéal vrai ».
« On nous objecte
que l’expérience est faite qu’un état qui respecterait la
vérité, la justice et l’éthique n’est pas viable et qu’en
dernier ressort il devra se réfugier dans l’opportunisme.
Qu’on nous permette de sourire de la valeur d’une telle
expérience qui est démentie par ses résultats déplorables.
Nous avons donc le droit d’affirmer que c’est le contraire
qui est la vraie sagesse, c’est-à-dire que, pour l’état
comme pour l’individu, sa force vitale est dans sa
spiritualité et son éthique. Il vit de la confiance que ses
membres mettent en lui… Ainsi l’affirmation éthique de la
vie et du monde insuffle à l’état moderne le désir de
devenir une personnalité éthique et spirituelle et sa
pression obstinée ne se relâche pas… La sagesse de demain
prend une autre voix que la sagesse d’hier »
Ce défi a été
lancé par Albert Schweitzer en 1923 ...Il peut être
relevé ! |