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EXTRAIT de  « LES PROBLEMES   POLITIQUES »

PREMIER SYMPOSIUM MONDIAL SUR LA PENSEE DE MOAMMAR  EL KADHAFI

<< LE LIVRE VERT>>

     Le frère Moammar El Kadhafi est un homme pratique, il n’est pas allé chercher dans les livres verts mais dans la rue, dans le peuple, dans l’expérience, les thèmes de son action politique.

 

     Lorsqu’on connaît J.J Rousseau, Proudhon, Joseph de Maistre ou d’autres, c’est simplement la réflexion qui se rencontre. Il ne saurait être question d’influence directe.

 

                                                                                      Roger Delorme

                                                                 Montréal, Canada –January, 1983.

 

     En guise de préambule, nous allons d’abord dégager les idées maîtresses de la Troisième théorie Universelle de Moammar El Kadhafi.

   

      La famille, la morale, la terre, La continuité des souvenirs, le travail, la domestication de la mort, la religion. Autant de réalité bien vivantes auxquelles les états modernes ont substitué de pures et simples abstractions qui s’appellent doctrines partisans, planifications de l’information, dirigisme de l’information, démocratie( en fait absolutisme d’une oligarchie), principes culturels mondialistes; le tout supposant la destruction toujours plus méticuleuse de l’ordre individuel et familial.

 

     A cela, Moammar El Kadhafi oppose la liberté de l’homme et du peuple.

 

     Selon Moammar El Kadhafi, le système électoral est la victoire d’un parti sur un autre parti et non la garantie de la volonté populaire. Il ajoute encore : << où est la liberté lorsque 49 pourcent de la population est gouverné par 51 pourcent ?

  << Ils appellent liberté un despotisme exercé au nom de la liberté>> écrivait Alexis de Tocqueville…

 

     Les assemblées parlementaires trompent le peuple. Elles caractérisent son absence et sa présence. Elles usurpent la souveraineté. Les apparences sont sauvées par les files des électeurs qui viennent déposer un bulletin dans l’urne comme on jette un papier dans une poubelle. Le député représente son parti auprès du peuple et non le peuple auprès de son parti. Par surcroît, il faut beaucoup d’argent pour organiser des élections et ce sont toujours les riches qui gagnent, quelque soit le parti.

 

     Pour Moammar El Kadhafi, la troisième voix devient donc l’installation d’un pouvoir << sans substitut ni représentation>>.

 

     La démocratie directe met donc fin à la gestion politique et à l’administration gouvernementale. Le sophisme c’est de croire au <<contrôle du gouvernement par le peuple>> alors qu’il faut contrôler le peuple par le peuple.

 

     Moammar El Kadhafi propose donc sa solution : Une hiérarchie de congrès et de comités populaires. Les congrès populaires de base rassemblent tous les citoyens selon leurs professions, leurs fonctions, leurs domiciles. Ces congrès se choisissent chacun un comité populaire. L’ensemble des comités formes à son tour des congrès populaires qui choisissent à son tour des comités administratifs populaires. Pour la gestion d’ensemble, le Congrès Général du peuple se réunit une fois par an. Il rassemble tous les comités, les groupes exécutifs, les unions syndicales ou professionnelles. Les propositions acceptées par ce Congrès suivent la voie descendante et sont soumises aux divers Comités Populaires chargés de les mettre en oeuvre :

      

     Ainsi, le peuple devient l’appareil gouvernemental et le problème de la démocratie dans le monde sera définitivement résolu.

 

     La loi fondamentale des sociétés est l’ordre moral. Cette fondamentale c’est la religion, la tradition, confirmation de la naturelle et justification de la tradition.

     Toute loi qui néglige la religion est une invention de l’homme pour dominer l’homme.

 

TOUTE JUSTICE VIENT DE DIEU !

 

     Le peuple soumis aux lois, doit être l’auteur de ces lois. La souveraineté n’est que l’exercice de la volonté générale et ne peut jamais s’aliéner.

         << Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple ou personne n’a ratifiée est nulle; ce n’est pas une loi. >>

  

     Voilà en essence, le contexte général dans lequel s’inscrit la Troisième Théorie Universelle.

 

     Au cours des vingt dernières années, durant la période qui a suivit la décolonisation du tiers-monde, un grand nombre d’efforts a été consacré par des chercheurs dans le but d’identifier et de confronter les problèmes économiques sociaux et politiques qui endiguaient son développement. Ces problèmes ont été qualifiés de différentes façons : étude sur la dépendance; interdépendance des états; bipolarité des états; grandes et petites puissances; études de développement; économie du développement; système de bien-être international; dialogue Nord-sud; sociétés à évolution lente; etc.

 

 

    Ces efforts accusaient deux faiblesses :

  

      Elles sont généralement le résultat d’initiatives des pays de l’ouest et des chercheurs ou universitaires européens. Bien que plusieurs universitaires du tiers-monde aient participé à ces recherches, leur apport est demeuré marginal du moins dans le sens de l’orientation et du contenu fondamental de telles recherches.

 

     Bien que plusieurs universitaires et chercheurs du tiers-monde aient participé à ces travaux, le cadre général de travail a presque toujours été délimité conformément à la définition classique de l’économie matérialiste du monde occidental.

 

   Ceci est essentiellement vrai, bien que plusieurs de ces études aient perpétuellement attiré l’attention sur ces deux faiblesses et sur les conséquences qui pouvaient en résulter, entre autres, des concepts et des formulations susceptibles d'être inaccessibles, non désirables, non réalisables ou non conforme au développement du tiers-monde. Après tout, ce sont ces concepts qui ont conduit aux dépressions, à l'inflation, aux guerres, à l'impérialisme, à la désarticulation sociale, à une distribution mal équilibrée des richesses et au malheur d'un grand nombre dans les pays soit disant développés.

 

   C'est à Benghazi, en Libye que le tiers-monde a fait le premier et le plus important pas dans le but de corriger ces deux faiblesses fondamentales. C'est là que des universitaires et chercheurs du Tiers-monde, résolus à utiliser leur expérience historique en guise de guide, de concert des universitaires des pays développés, également déterminés à écouter et à incorporer ces idées émanant du Tiers-monde dans la formulation de leurs concepts, ont amorcé le processus de définition universelle de développement, créant ainsi un  forum où les chercheurs et penseurs des pays du nord et du sud et de culture différentes pourraient également participer et contribuer. Le processus et le forum s'encadrent dans la Troisième Théorie Universelle.

 

     La source d’où jaillit le concept autant que l'inspiration de la Troisième Théorie Universelle, c'est le Livre Vert du frère Moammar El Kadhafi et aussi de la révolution libyenne. Depuis la fin de la période de noirceur européenne, jamais les concepts sociaux et politiques n'ont été si efficacement et fondamentalement ébranlés. En effet, la publication du Livre Vert et de la Troisième Théorie Universelle qu'il incarne, représente la deuxième Renaissance, une Renaissance mondiale. Comme la première Renaissance européenne qui a brisé la barrière sociale à l'investigation scientifique et technique pour aboutir à la création de la nouvelle technologie dont avait grandement besoin l'humanité entière. La seconde Renaissance entraînera également une révolution scientifique, cette fois dans les sciences sociales et politiques, si importantes pour l'humanité dans l'utilisation et le contrôle efficace des nouvelles techniques engendrées par le processus de la première Renaissance européenne.

 

     Rien au monde n'est aujourd'hui plus évident que les concepts politiques et sociaux actuels et les systèmes ne permettant pas l'utilisation de la technologie disponible dans la recherche du bonheur humain et du bien-être psychosocial et économique. Comme le catalyseur qui transforme les résidus biologiques en engrais qui permettra les plus belles et plus délicates floraisons, la Troisième Théorie Universelle en agissant sur l’idéologie décadente des empires post-coloniaux favorisera l’éclosion de nouvelles idéologies essentielles aux futurs développements.

 

     Le Colloque de Madrid en 1980 et celui de Caracas en 1981ont été le prolongement du processus de formulation amorcé à Benghazi en 1979. Le Colloque de Caracas prolongeait le défi aux paradigmes fondamentaux des sciences sociales et politiques actuelles. Il avait soulevé de nombreuses questions :

 

Est-il scientifique d’ériger le modèle américain en étalon des démocraties occidentales simplement parce qu’il offre ces caractéristiques à certaines populations de Caucase et cela aux frais de l’oppression des peuples Africains et Asiatiques ?

Le système parlementaire occidental en général, s’apparenterait-il d’avantage à un système oligarchique qu’à un système démocratique dans la plénitude du mot ?

Le communisme ne représente-t-il pas en définitive qu’une dictature de ce parti et est-ce désirable ?

Le système politique idéal ne devrait-il pas évoluer autour du maintien de la famille en tant que cellule sociale et favoriser son plein épanouissement ?

La femme, bien que l’égale de l’homme n’est pas identique. Sa condition biologique est ignorée et la rend différente. Ne devrait-on pas accorder une plus grande importance à cet aspect ?

Les aspirations sociales, économiques et psychologiques de l’homme ne seraient-elles pas mieux réalisées dans les systèmes de représentation ou dans un système de démocratie directe ?

L’objectif ultime n’est-il pas le plein épanouissement de l’homme, son bonheur et ce que cela implique ?

Les masses ne sont-elles pas capables de s’autodéterminer, de gérer leurs propres institutions ?

Le bonheur humain est-il simplement tributaire de la condition économique ?

Les indices de développement devraient-ils être basés sur la redistribution équitable des biens plutôt que sur le produit national brut, le revenu, le capital, etc. ?

D’autres lois que les lois naturelles sont-elles requises pour assurer n’importe quelle forme de développement collectif ?

Le développement requiert-il l’abolition de la religion, ou les religions sont-elles inexorablement liées aux besoins, aux désirs et bonheur de l’homme. Le développement en absence de religion perdrait-il sa signification ou sa valeur humaine ?

Une certaine anarchie historique est-elle inévitable durant la période transitoire d’un système politique contemporain à un système politique révolutionnaire ?

Une authentique démocratie est-elle possible sans que la masse ait sur elle un pouvoir directe, un contrôle sur les armes et ses décisions politiques ?

La révolution du peuple noir est-elle une condition essentielle à son affranchissement et à son intégration sur un pied au sein de la famille humaine ?

La centralisation du pouvoir est-elle essentielle au futur développement collectif ?

La mise en application de la Troisième Théorie Universelle ne pourrait-elle pas servir de base sur laquelle les importants problèmes internationaux contemporains pourraient trouver une amorce de solution ?

 

      Les participants au colloque de Caracas en sont parvenus à un consensus sur le fait que le bonheur devrait se situer au centre du développement de l’individu et dans ses rôles multiples : au sein de la famille ou de la nation; en tant qu’époux ou épouses, enfants ou adultes, etc.… Ce développement ne peut être obtenu que par une théorie de développement global qui perçoit l’humanité divisée psychologiquement en deux sexes complémentaires et égaux et un ensemble de nations gouvernées seulement par la loi naturelle.

 

      L’éloquence et la profondeur de pensée des participants indiquent que plusieurs des plus brillants esprits et penseurs ont été inclinés vers les sciences sociales à cause de circonstances personnelles et des circonstances qui résultent d’orientation nationales. Ceci se produisait au moment où des circonstances de nature économiques et des contraintes influençaient les meilleurs esprits et penseurs des pays développés vers les sciences physiques, mathématiques ainsi que la technologie avancée. Ceci semble également avoir influencé les penseurs du Tiers-monde à diriger ou enfin, à initier la révolution dans le domaine des sciences sociales et humaines. Le succès de cette révolution dans les termes de la Troisième Théorie Universelle, résultera en l’harmonisation entre les domaines du développement social et technologique.

 

     Cet équilibre servira de base quant à la capacité de production de notre génération et servira à libérer l’homme et la femme de la crainte de la pénurie autant que celle de ne pas avoir un pouvoir ou une élite puissante et centralisée; de ne pas posséder les armes dernier cri; d’accepter les immigrants sans perdre leur emploi; ou de ne pas avoir suffisamment de forces policières et de forces armées ou de sécurité.

 

     Nous possédons la technologie et la capacité de production qui en résulte pour faire face aux besoins de tous les individus de cette planète; nous attendons la volonté, les concepts, l’idée, la théorie.

 

     Dans ce monde post-industriel, aux capacités et aux ressources abondantes, ou la communication et l’éducation sont d’un niveau très élevé, la Troisième Théorie Universelle du Livre Vert est la seule conceptualisation qui offre de libérer les masses sans condamner à l’oppression les classes, les partis, les groupes et les Etats. C’est l’unique théorie disponible qui prévoit, pourvoit, et invite l’homme et la femme à utiliser la capacité technologique mondiale pour leur bien-être individuel et collectif tel qu’ils le définissent eux-mêmes. Elle a recours à la motivation et utilise les moyens pour permettre aux masses d’absorber l’information sociale et politique ainsi que l’éducation par la participation directe dans l’autogouvernement, la gérance de l’opération des institutions, commerces et industries de leur société.

Quelle est la réaction des dirigeants mondiaux à ces colloques et à ces concepts d’autogestion et d’auto organisation ? Dû à l’aveuglement propre aux systèmes de représentation ou une élite restreinte se prononce au nom de l’ensemble dans le but de maintenir un privilège relatif et une position de puissance en relation avec les masses populaires de leurs Etats, ils ont préféré ignorer la possibilité ou la croyance si non la foi, que les masses pouvaient partager l’occasion de gérer leur propre vie de la même façon que les membres de l’élite et sont opposés à la Troisième Théorie Universelle sur la base de leur sympathie ou antipathie vis-à-vis de son penseur, le frère Moammar El Kadhafi.

 

     Il ne tente pas de répondre d’une façon intelligente aux questions et concepts énoncés par le frère Moammar El Kadhafi, mais semble au contraire afficher un mépris arrogant à son égard parce qu’il a osé suggérer que les masses de gens peuvent diriger leurs propres institutions et société. Bien que cela soit contraire à tout ce qu’ils déclarent à leurs nations, ces dirigeants croient que ces idées sont naïves et ne méritent pas de considérations sérieuses. Leur effort pour relever le niveau éducationnel des habitants de leurs pays puise sa source au sein de la pensée européenne (Platon, Adam Smith, John Locke), selon lequel la démocratie constitue un retour à la jungle humaine parce que l’homme par nature n’est pas civilisé et par conséquent a besoin d’une élite dont l’intelligence et la moralité la place au dessus des masses et de leurs dirigeants naturels. Ce concept prend également pour acquis que ces qualités de l’élite sont héréditaires. En réalité, si l’histoire a réussi à nous donner sa leçon, elle a perpétuellement démontré que cette élite dirigeante n’a fait que propager un faux mythe. Le maximum que ces élites peuvent espérer gagner en augmentant le niveau d’éducation et de connaissance de leur société est l’élargissement du fossé en même temps que l’affermissement des canaux qui lui permettront de perpétuer sa domination. Néanmoins, l’histoire démontre que ces élites n’ont jamais empêche les révolutions populaires. La Troisième Théorie Universelle suggère que les révolutions futures des masses ne seront pas seulement l’oeuvre des masses mais également qu’elles se feront pour les masses.

  

     Les autres détracteurs de la Troisième Théorie Universelle suggèrent que les concepts de la Théorie sont adéquats et splendides mais non réalistes et qu’ils ne sauraient conséquemment s’appliquer ou se réaliser. Donc ils sont impossibles et n’entraînent qu’une perte de temps. Quand ces détracteurs sont interrogés en profondeur, nous découvrons que non seulement ils s’accordent avec les objectifs, les concepts de la théorie, mais qu’ils tentent rarement de mettre en cause la Troisième Théorie Universelle dans sa véritable perspective. La plus grande partie de leurs objections tiennent du cynisme, du doute émotionnel ou encore sur l’hypothèse qu’une chose aussi bonne pour l’homme ne saurait être réalisable. Nous ne pouvons qu’opposer l’expérience libyenne et en faire ainsi la démonstration.

 

     Les détracteurs religieux manifestent fondamentalement en deux volets :

Le premier du secteur islamique, prétend que la Théorie n’est pas islamique; le second du secteur chrétien, prétend que la théorie est islamique donc conçue exclusivement à l’usage du monde Arabe et Islamique. L’existence de cette contradiction révèle par elle-même qu’aucuns des postulats n’est acceptables. La synthèse évidente serait que la troisième Théorie Universelle reconnaît toutes les grandes religions, y découvrant la recherche de la plénitude par l’homme et par conséquent elle cherche à présenter le cadre approprié dans lequel cette recherche peut être économiquement et politiquement favorisée.

     La troisième Théorie Universelle est la première Théorie à intégrer la religion dans le développement théorique.

 

   Par Roger Delorme

Montréal, Canada - Janvier 1983

 

 

EXTRAIT de  « LES PROBLEMES   POLITIQUES »

LES BUREAUX POPULAIRES : DE LA DIPLOMATIE TRADITIONNELLE A LA VOLONTE DE DIALOGUE DIRECT ENTRE LES PEUPLES

 

  La Révolution Nationale de septembre 1969 a profondément transformé non seulement les institutions politiques structurelles, mais aussi la vie en société pour l’ensemble du peuple Arabe de libye.

Les fondements idéologiques de la Troisième Théorie Universelle, présentés dans les trois tomes du Livre Vert rédigé par le président Moammar El Kadhafi, se sont basés sur une approche originale et lucide de l’évolution de l’homme, du progrès de sa pensée et de son aspiration concrète au bonheur.

 

     En application de cette Théorie nouvelle, un régime politique d’un style nouveau est apparu en Libye à la date historique du 2 mars 1977 dans la ville de Sebha. Ce régime est fondé sur l’exercice direct du pouvoir par le peuple sans représentation ni substitution, préfigurant ainsi ce que l’auteur du Livre Vert a dénommé l’ère des masses.

  

Cette profonde modification sociale a posé les fondations d’un nouveau type de société : la JAMAHIRIYA qui implique une vie sociale communautaire et participative où n’existent plus les substitutions de souveraineté et les corps intermédiaires entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le subissent.

 

     Avec une logique certaine, la Jamahiriya a considéré que cette profonde rénovation de sa politique nationale sur le plan interne devait avoir des répercussions dans ses relations internationales. Nous nous permettons d’insister sur le caractère profondément logique de cette décision qui contraste nettement et judicieusement avec une tradition des relations diplomatiques qui dissocient rigoureusement le représentatif d’un Etat et celle d’un régime ou gouvernement. Il s’agit là d’une tradition diplomatique qui relève bien plus du conformisme que de l’honnêteté car chacun sait qu’un remaniement gouvernemental de quelque envergure provoque toujours à plus ou moins brève échéance, une modification du cadre diplomatique des ambassades concernées.

 

     Edifiant une société nouvelle dont le but final est la démocratie directe, la Révolution Nationale libyenne considère que le peuple lui même est la plus haute et la seule autorité de l’Etat communautaire et qu’il n’y a aucune autorité en dehors du peuple lui même.

 

     Les définitions traditionnelles de gouvernement, de parlement, et même d’Etat, étant complètement modifiées, il était normal que de telles modifications se répercutent dans la politique internationale de la libyen, et singulièrement, dans ses relations diplomatiques.

 

DU CONCEPT D’AMBASSADE A CELUI DE BUREAU POPULAIRE

     Répondant à nos questions sur l’idéologie prévalant dans l’organisation des représentations diplomatiques libyennes à l’étranger, Monsieur Hashem Younis – membre du Comité populaire pour l’Information auprès du Bureau Populaire de la Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste à Bruxelles, nous a précisé ce qui suit: Tous les aspects classiques de la représentation des régimes de gouvernement ont été éliminés, allant de la présidence aux ministres, au conseils représentatifs et législatifs que nous considérons comme un effacement et une absence de tous les groupes constituants la société.

     Le nouvel aspect est représenté par la Jamahiriya, c’est-à-dire le gouvernement des masses, ou le règlement de toutes les affaires et la distribution des tâches étatiques se font par la voix de la constitution des congrès et des congrès populaires qui tracent la politique officielle au niveau intérieur et extérieur, et où s’effectue le choix des membres et secrétaires de ces comités par la voix des congrès populaires qui se réunissent dans le cadre des municipalités et où se constitue le congrès populaire qui se réunit d’office une fois par an où il est convoqué chaque fois qu’il est nécessaire. 

 

     Cette base étant posée, comment cette conception s’applique – t- elle aux ambassades ? La réponse est la suivante :

   

      En ce qui concerne les Bureaux Populaires et l’historique marche sur les ambassades, nous considérons ces deux procédés comme une application et un enracinement de l’expérience populaire, à savoir la démocratie directe qui a été réalisée à l’intérieur. Pour éliminer la distorsion qui peut apparaître entre l’intérieur et l’extérieur, il a été procédé au changement de toutes les ambassades libyennes qui ont été mutées en Bureaux Populaires, dirigés par un comité populaire, choisi par les masses et dont le rôle consiste à réaliser les décisions des congrès populaires dans le cadre du développement et du renforcement des liens entre la Jamahiriya et les autres peuples et pays du monde.

  

     L’on s’aperçoit donc que, pour spectaculaire et inédite qu’elle ait paru la mutation des ambassades libyennes en bureaux populaires s’imposait naturellement des suites des profondes révolutions de la vie sociale et politique dans le pays lui -même. Puisque les ambassades sont considérées comme des unités importantes du pouvoir exécutif d’un pays, il n’était que normal que, dans leur représentation et leur fonctionnement, elles reflètent les profondes mutations qui avaient procédé à la naissance de la notion de la Jamahiriya.

      Le Bureau Populaire est dirigé et géré par un comité populaire qui a été choisi par les masses elles-mêmes et non nommé par une seule personne ou par une administration.

  

     Que ce choix soit collectif et non personnel n’est pas en soi moralement important mais ce qui doit être souligné c’est la permanence du concept communautaire (Jamahiriya) par rapport aux continuels changements gouvernementaux ou administratifs que connaissent la plupart des pays.

 

     Dans les classiques, l’ambassadeur et les principaux diplomates d’une ambassade sont chargés selon les modifications de régimes ou de tendances, selon des rivalités personnelles ou partisanes. Certains diplomates évoluent selon une faculté d’adaptation assez ambiguë pour conserver leur poste malgré les changements politiques à l’intérieur de leur pays. De telles situations sont néfastes aux intérêts réels de la nation représentée et de sa crédibilité à l’étranger.

 

     La situation est tout autre en ce qui concerne les comités populaires des Bureaux Populaires. En quelque sorte, l’on pourrait dire que le comité populaire est une manière d’assumer collégialement la fonction qui auparavant était dévolue à l’ambassadeur seul. Cette collégialité du travail et des décisions est une garantie contre l’improvisation et contre les intérêts personnels inopportuns.

 

     Certes, il importe cependant que l’ambassade, devenue bureau populaire, puisse fonctionner efficacement. Dès lors, selon les disponibilités et les motivations ou compétences particulières des membres du comité populaire, des charges spécialisées sont dévolues à ceux qui sont jugés, par leurs égaux, les plus à même à expédier certaines affaires précises. Il ne s’agit donc plus de définir des fonctions hiérarchiques, mais bien que certaines personnes expriment et assument les décisions du comité dans des secteurs bien déterminés : information, affaires culturelles, économie, etc. ...

 

     D’autre part, puisqu’il est nécessaire qu’un comité puisse coordonner son fonctionnement quotidien, il est procédé à la désignation au sein du comité populaire d’un secrétaire. Ainsi, le secrétaire du comité populaire d’un Bureau Populaire de la Jamahiriya fait figure dans le pays d’installation d’ambassadeur. Mais s’il en a sans contesté les capacités morales et intellectuelles, il n’est en réalité – selon les nouvelles législations libyennes – que le coordinateur du comité populaire qui, lui, est le réel ambassadeur collectif de la nation libyenne.

 

     En outre, le comité populaire du bureau populaire est lui -même soumis à un contrôle en étant responsable devant les congrès populaires du pays. C’est une nouvelle garantie car un contrôle collégial permet une limitation des risques d'erreurs d’appréciation et une application plus juste des sanctions officielles.

 

 

 

 

 

Y A-t-IL UN PROBLEME QUANT AU STATUT DIPLOMATIQUE DES BUREAUX POPULAIRES ?

 

     Certains milieux se sont posés des questions quant au statut juridique ou à la représentativité diplomatique des bureaux Populaires de la Jamahiriya à l’étranger.

 

     Certes la constitution des précédentes ambassades en bureaux dirigés par des comités populaires a eu de quoi étonner les milieux de la diplomatie internationale souvent habitués à un protocole qui n’a pas évolué depuis des décennies.

 

      En réalité, la diplomatie internationale a déjà connu quelques événements qui ébranlèrent les chancelleries.

 

     Ainsi, lorsque le Roi de France, François premier établit le principe de la primauté du politique sur le religieux en diplomatie et, à l’encontre des voeux de la papauté catholique, s’allia en 1534 avec le sultan de la Turquie. L’année suivante, en 1535, une Convention commerciale et diplomatique fut signée entre la France catholique et l’Empire Ottoman puissance islamique. Des relations officialisées entre deux Etats de religion différente sont normales de nos jours mais créèrent une sorte de révolution dans la diplomatie de l’époque.

 

     Dans le même siècle, l’existence de la Paix d’Augsbourg de 1555 reconnaît le principe de la liberté des cultes en Europe et l’existence d’Etats de confession luthérienne. Cette situation radicalement nouvelle ébranla fortement la primauté du pape et de la référence catholicisme romaine dans les relations interétatiques.

   

 D’autre part, l’existence de la Confédération Helvétique - issue de la libre volonté des peuples de différents cantons - et des Provinces Unies des pays Bas (dont le lieutenant-général - en langue néerlandaise Stadhouder - voyait son pouvoir issu d’un contrat avec sa nation, comme ce fut le cas pour le célèbre Guillaume d’Orange) posèrent aussi de graves problèmes dans une Europe où la monarchie absolue régnait en maître.

 

     En suite, les révolutions américaines de 1776 et française de 1789 créèrent aussi des précédents dans les relations internationales. Pour la première fois se posèrent les questions cruciales de la reconnaissance ou de la non -reconnaissance d’un Etat selon son régime politique. En effet, les Etats-Unis d’Amérique étaient nés d’une révolution contre la colonisation anglaise et des ambassades s’ouvrirent alors que Londres se considérait encore comme légitimement responsable d’une colonie pour la conservation de laquelle les Anglais se battirent des années durant. Quant à la Révolution française, elle posa le précédent : des ambassadeurs ne représentaient plus le Roi de la France mais bien la Nation française. La nuance était des plus importantes.

  

     Certes, la Jamahiriya radicalisa beaucoup plus que les exemples qui viennent d’être évoqués. Néanmoins, il n’y a aucune raison de voir dénier aux Bureaux Populaires et aux membres des Comités populaires l’application de la Convention de Vienne de 196. Notamment, le paragraphe 4 de la Convention de Vienne précise : le but des immunités diplomatiques n’est pas d’avantager des individus mais d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions des missions diplomatiques en tant que représentants des Etats.

 

     Quant à la forme des Etats eux-mêmes, elle est du seul ressort des nations concernées, ainsi que l’orientation politique des régimes de chaque Etat.

  

     Le peuple libyen a volontairement choisi la démocratie directe et, en se basant sur les principes de la Troisième Théorie Universelle, a substitué à la notion traditionnelle d’Etat celle de la Jamahiriya, qui est probablement la forme d’autodétermination nationale la plus complète.

 

     Une évolution parallèle dans les relations diplomatiques libyennes est donc un fait que toutes les chancelleries du monde doivent accepter.

 

     Déjà - en d’autres circonstances - les meilleurs spécialistes en droit international avaient ressenti que des changements s’annonçaient.

Ainsi, le professeur Claude Albert Colliard – de la Sorbonne –constatait : Les institutions internationales sont aujourd’hui non seulement plus denses qu’autrefois, elles sont aussi différentes parce que la civilisation actuelle est, à bien des égards, nouvelle. On ne saurait se contenter de notions politiques et juridiques alors que se posent tant de problèmes économiques fondamentaux, comme celui du développement, et on ne peut imaginer que demeurent valables les schémas classiques du XIXème siècle ou des premières années du

XXème siècle alors que la civilisation contemporaine est celle de l’avion à réaction, de l’énergie atomique et déjà celles des vols cosmiques. La dimension politique traditionnelle doit être complétée par la dimension économique et la dimension technique.

 

Remarque des plus pertinentes, mais nous ajouterions que l’auteur du Livre Vert a, lui, ajouté deux autres dimensions : la dimension sociale et la dimension spiritualiste aussi bien à l’intérieur de son pays qu’à l’extérieur grâce à la rénovation fondamentale de la fonction diplomatique libyenne.

 

VERS LA DIPLOMATIE DES PEUPLES

 

      Une des particularités essentielles des Bureaux Populaires Libyens est d’avoir comme mission de nouer des relations entre les peuples. Cette nouvelle dimension rend encore plus importante la rénovation qu’introduit dans la diplomatie internationale l’auteur du Livre Vert.

  

     Traditionnellement, les ambassades ont d’abord été destinées à nouer des relations de monarques à monarques, puis d'Etats à Etats. L’évolution logique de la diplomatie est donc incarnée par cette volonté libyenne que ce soit maintenant les peuples qui, entre eux, nouent des relations.

 

     Nous retrouvons cette conception illustrée dans la Revue d’Etudes des Relations Internationales (édités à Paris) par le professeur Francis Dessart qui s’y exprimait sur le dialogue euro-arabe :<< il n’entre pas dans notre intention de minimiser l’importance du dialogue interinstitutionnel : il peut revêtir des aspects intéressants, déterminants même pour les deux parties. Mais un dialogue entre l’Europe réelle et complète d’une part, la Nation arabe d’autre part doit absolument dépasser les dispositions administratives et se muer en un dialogue de peuples à peuples... Maniant le paradoxe - ajoute le professeur Dessart - nous dirions qu’ainsi le dialogue serait hissé au niveau de la base>>.

 

     Cette approche est pertinente car à quoi peut-il servir que des diplomates - même honnêtes et compétents - négocient entre-eux si,  en parallèle, rien n’est fait pour que les peuples concernés se connaissent mieux, se comprennent et s’estiment.

 

     A notre époque qui est caractérisée par une autre évolution – révolution même – celle de l’information et de la communication, la diplomatie internationale est d'une importance trop vitale pour qu'elle reste enfermée dans des limites surannées et qui ne la mettent pas à la portée des populations concernées.

 

     En posant le premier jalon d'une nouvelle diplomatie, la Jamahiriya Arabe Libyenne a – sans contester – ouvert la voie à des meilleurs relations entre les peuples, à une coopération plus fructueuse entre les nations du monde entier, pour un monde plus juste, plus fraternel ou la paix devra régner pour le plus grand bonheur de chacun.

 

Analyse réalisée par

Emile Van Huynegem,

Président International de l'Institut

des Relations Diplomatiques (Bruxelles)

 

  

 

EXTRAIT de  « LES PROBLEMES   POLITIQUES »

LA TROISIEME THEORIE UNIVERSELLE ET LE NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE INTERNATIONAL

    Il serait bien difficile si non impossible de saisir la portée réelle de la politique économique de la Jamahiriya Libyenne si l’on ne se plaçait dans un cadre global ;c’est-à-dire, un cadre débordant les frontières nationales voire même continentales. En effet, parler d’un ordre économique mondial quelconque implique, avant tout, des rapports économiques entre pays à l’échelle du monde. Dans le cas en présence, disons d’emblée que notre propos se limite aux rapports économiques qui lient deux grandes entités à force inégale. Il s’agit d’une part d’un centre fort constitué des Etats-Unis d’ Amérique, du Japon flanqués par l’Europe de l’ouest, d’une péripétie faible et plus hétérogène que jamais. En d’autres termes, il s’agit des rapports économiques entre pays capitalistes à économies avancées et pays capitalistes à économies retardées se situant en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.

 

   Quelles que soient les différences d’ordre culturel, social, politique et idéologique les séparant, ces pays de la périphérie souffrent d’une maladie : le sous-développement (sous tous ses aspects), lequel ils attribuent dans une grande mesure au pillage de leurs richesses nationales par les impérialistes américains, Européens et plus récemment, nippons.

Point n’est besoin de nous engager dans la controverse au sujet de la responsabilité de l’ouest ou du Nord (pour utiliser le langage en vogue) à l’égard du sud, le temps et les limites de cet essai ne nous le permettant pas. Soulignons en passant que ces pays, qu’on se place sous l’optique économique du Groupe de 77,sont tous, victimes de l’engrenage capitaliste car, quand bien même ils ne fussent pas tous colonisés, ils se trouvent tous frappés. C’est là, pensons-nous, la raison d’être du nationalisme économique et des grands ensembles économico-politique qui bourgeonnent ça et là. C’est là le mortier qui unit les pays de la périphérie en dépit de leur diversité. C’est dans ce cadre du nationalisme économique que nous essayerons d’interpréter la réponse libyenne aux problèmes du sous- développement et de la construction nationale face à la domination impérialiste. D’emblée,il ressort que l’analyse du processus de libération,de la lutte pour l’indépendance économique serait inadéquate si elle se limitait à la dimension nationale. Ceci est d’autant plus vrai qu’il s’agisse de la Libye, cette bête noire de la presse occidentale. Pour des raisons pratiques, la présente analyse s’efforcera de mettre l’accent sur la dimension internationale. Ceci se comprend d’autant plus que de l’Amérique étant, il est pratiquement impossible d’obtenir des informations fraîches et non colorées sur la situation intérieure de la Libye. Point n’est besoin de souligner, la presse, tout en informant ou mal informant l’opinion publique, crée, de par le fait l’opinion. Pour ne pas en dire plus, l’occident s’efforce de forger une image d’une Libye qui n’existe que dans les cerveaux des réactionnaires occidentaux. C’est pourquoi il nous faut transcender les abus de langage qui ont marqué le conflit entre la Libye et l’Ouest (les Etats-Unis en particulier) dans la conjoncture présente afin d’appréhender les problèmes fondamentaux qui sous-tendent la dialectique de domination et de subordination caractérisant les rapports entre le Nord et Sud, c’est-à-dire, entre exploitation d’une part, et exploités, d’autre part.

LE CONTENU POLITIQUE DU NATIONALISME ECONOMIQUE EN PAYS PERIPHERIQUES

     Comme nous l’avons souligné plus haut,suite à leur intégration dans le système capitaliste mondial, les pays satellites accusent entre autres faiblesses,celle d’être des économies extraverties,c’est-à-dire désarticulées et mal intégrées. A ce titre,ils servent des réservoirs aux économies industrialisées de l’occident lesquelles y puisent les matières premières nécessaires à leur fonctionnement tout en y déversant les surplus des biens non consommes ou rejetés par leur marché intérieur.

 

     Ce mal agencement des économies périphériques dues essentiellement à leur intégration dans un espace économique extérieur explique leur incapacité de développer un marché intérieur de nature à stimuler la production et de la circulation des biens locaux. Dans la même veine, s’expliquent les difficultés insurmontables dans les domaines de la formation des capitaux, des balances commerciales et des payements. En d’autres termes, la nature extravertie de ces économies explique leur dépendance vis-à-vis du Centre et donc leur sous-développement. Ceci explique la poursuite de l’indépendance économique après pratiquement plus de deux décades d’indépendance politique. Ce fait a été bien compris par Norman Girvan qui souligne :

 

      Dépendance, sous-développement, et le conflit endémique sont (intimement) liés à l’intégration de ces économies dans un système impérialiste de corporation.

 

      Par impérialisme de corporation, nous entendons un système de capitalisme international à deux caractéristiques fondamentales. Premièrement les fondations de pouvoir dans ce système mondial sont détenues par les propriétaires et gestionnaires des capitaux. Ces autres groupes, gouvernement, bureaucratique, travailleurs, les chômeurs sont, à un plus grand ou moindre degré, dominés, dépendants, exploités et sous-développés. Le second trait est que ces rapports sont institutionnalisés dans un cadre plus large et intégré des firmes transnationales.   

     Pour être réelle, l’indépendance économique devra, par dessus tout rompre ces rapports de dépendance et de subordination qui constituent la contradiction principale dans l’équation du développement inégal entre le Nord et le Sud. Comme le souligne Mai Volkiv, la poursuite de l’indépendance économique

        

     Présuppose l’inclusion d’un pays dans l’économie mondiale, mais d’une manière telle que le pays puisse vigoureusement tenir  ses intérêts nationaux, poursuivre une politique étrangère indépendante,interdire toute ingérence extérieur dans les affaires économiques,jouir d’une pleine souveraineté sur ses ressources naturelles et économiques,créer une économie moderne   développée, s’assigner des objectifs dans le contexte de ses propres valeurs, et se choisir un système social et économique à l’abri de toute ingérence extérieure.

 

    Etant donné les contradictions antagonistes des rapports Nord-sud, l’indépendance économique des pays satellites ne s’accomplira pas sans une lutte acharnée. D’où le nationalisme économique doit viser à subvertir l’ordre économique international existant plutôt que de rechercher des solutions tendant soit à modifier des firmes multinationales,soit à injecter de l’oxygène dans une économie capitaliste essoufflée,encore moins, à recourir à des accords compromettants.

 

    Comme le souligne Norma Girvan, le nationalisme économique ne peut s’affirmer qu’en assurant la souveraineté sur les ressources naturelles en privant les corporations de leur propriété dans ces industries. Cela implique aussi un changement tenant à une véritable résolution socialiste la seule capable d’éliminer toutes les bases d’appui politico-économique dans les pays du tiers-monde et réorienter la vie économique dans l’intérêt des masses populaires. Au delà, cela exige une transformation idéologique : Le développement d’une conscience, d’une réalisation qu’il faut des models de développement alternatifs et un genre de vie qui fera que ce que les firmes transnationales ont à offrir devienne inapproprié, voire même nuisible.

 

    Pour comprendre et accepter cette logique, l’on doit partir de la prémisse selon laquelle le processus du développement est une réalité laquelle, comme toute autre réalité sociale est contradictoire .Bien plus, l’on ne saurait trop le souligner, la contradiction principale opposant le Nord au Sud étant antagoniste requiert, pour sa résolution la mort de l’élément dominant da l’équation, condition sine qua non à l’épanouissement du membre dominé. Ainsi que la souligne M. Shirokov,

  

  Dans un conflit entre deux contraires mutuellement exclusifs, entra différentes tendances d’un développement, entre l’ancien et le nouveau, une des tendances se développe, en devenant ainsi la tendance motrice, et ceci définit le caractère et la direction d’un processus. Mais tel ou tel aspect ou tendance d’un développement ne devient principal qu’au travers des conflits.

 

  Cela compris, passons maintenant à l’examen de la problématique du nationalisme économique Libyen tel qu’exprime dans le Livre Vert ou mieux dans la pensée du Colonel Moammar Kadhafi.

 

   Dès son arrivée au pouvoir, le Colonel Kadhafi s’est rendu compte de la gravité du problème posé par l’exploitation impérialiste des ressources naturelles et humaines de son pays.  Pour lui, le problème de sous-développement libyen trouve sa source et son explication dans la contradiction entre les moyens de production et les forces de production. Celui qui produit est aussi celui qui consomme. Les travailleurs salariés sont un type d’esclavages, peu importe des majorations des salaires.

 

    Cette hypothèse de base devient encore plus claire lorsqu'il est écrit : La solution ultime est d'abolir le salariat, d'émancipé l'homme de l'esclavage du salariat et de retourner à la loi naturelle laquelle définit les rapports (humains) avant la naissance des classes, des formes de gouvernement et des lois faites par l'homme. En guise d'une prescription efficace au mal du sous-développement, le Livre Vert recommande le socialisme naturel , lequel est basé sur l'égalité entre les facteurs économiques de production et entre l'individu et sur l'équilibre entre la consommation et la production naturelle.

 

    Concernant la plus value caractérisant le système du capitalisme colonial d'avant la révolution de septembre, le Livre Vert prescrit ce qui suit : La solution finale est l'abolition du profit. Mais puisque le profit est la force motrice de l'activité économique, son abolition est une décision que l'on ne peut prendre à la légère. Elle devra être le résultat du développement de la production socialiste lequel - le requiert la satisfaction des besoins matériels de la société. L'engagement à augmenter le profit aboutira finalement à sa disparition.

 

   L'on voit donc qu'en théorie, le nationalisme économique libyen vise à créer une nouvelle société. Et comme le souligne le Livre Vert, la nouvelle société socialiste n'est rien de plus qu'une conséquence dialectique des rapports injustes qui prédominent dans ce monde. Elle a produit la solution naturelle, notamment, une propriété privée pouvant satisfaire les besoins (de son propriétaire) sans exploiter les autres, et une propriété socialiste dans laquelle les producteurs sont partenaires dans le procès de production. La propriété socialiste a remplacé la propriété privée basée sur la production des salariés lesquels n'avaient aucun droit sur ce qu'ils produisaient.

 

    En ces points saillants, l'idéologie économique de la JAMAHIRIYA coïncide (du moins en théorie) avec la pensée bolchevique de la période de transition. En effet, écrit Nicolaï Boukharine.

 

    La transformation du processus de création de la plus-value en un processus de satisfaction systématique des besoins sociaux,trouve son expression dans le regroupement des relations de production, malgré le maintien formel de la même place dans la hiérarchie du système de production, lequel système,dans son ensemble, revêt un caractère différent, le caractère de la négation dialectique de la structure capitaliste et qui aboutit, dans la mesure ou ça détruit le caractère de caste social de la hiérarchie, à l'abolition de la hiérarchie comme un tout.

 

LA PRATIQUE REVOLUTIONAIRE DU LIVRE VERT

   Au delà des mots, le Livre Vert a produit une transformation qualitative des forces et de la place au sein du système de production. En effet, après la saisie d'une grande partie des entreprises privées (exception faite de l'industrie pétrolière), la Jamahiriya a instauré un système de gestion sans précédent : la gestion populaire. L'objectif est de permettre au peuple de gérer ses propres affaires sans intervention extérieure, à l'abri de tout danger d'exploitation et de domination.

 

    Selon Abdel Kader Ayed Amer, la gestion populaire cherche à mobiliser les ressources humaines et matérielles de façon à réaliser les objectifs de la société (objectifs matériels et autres).

 

    Pour ce faire, des comités d'action populaires ont été organisés à tous les niveaux de la production. Ce qui permet aux producteurs (directs) de participer en tant que partenaires dans le système de production et dans le mécanisme des décisions. Grâce au comité populaire, le congrès des producteurs peut exercer les fonctions qui lui sont confiées par la base et non par le sommet de l'entreprise.

 

   Bien plus, la gestion populaire a semblé résoudre si pas totalement, certainement dans une grande mesure, les problèmes de chômage, de sous-emploi et de rendement.

 

    En tant que partenaires, c'est-à-dire, co-propriétaires de l'entreprise, les producteurs se voient dans l'obligation de produire selon leur capacité car la productivité dépend de leur survie. A ce même titre, ils ne sauraient être chômeurs tant que l'entreprise continue d'exister. D'où, écrit Abdel Kader Ayed Amer, les relations de domination qui étaient la règle entre employeurs et travailleurs salaries, l'ère d'exploitation esclavagiste et du salariat viennent de connaître leur fin.

 

    Force nous est donc de remarquer avec Nicolaï Boukharine que : Sous ces circonstances, nous avons devant nous, un changement dialectique des Fonctions des organisations des travailleurs. Il est parfaitement clair qu'il peut en être autrement dans la transposition des relations de domination, parce que la classe travailliste, qui a saisi le pouvoir de l'état, doit inévitablement devenir le pouvoir qui parait être l'organisation de la production.

 

    L'on peut donc dire que la socialisation des moyens de production, la création des comités de gestion et du congrès populaire s'inscrivent dans la logique même du processus de transformation. Cette logique exige l'intégration de toutes les cellules,de tous les particules des forces productives dans le processus d'organisation populaire de façon que l'action des unes complète celle des autres,le tout devant mener a la matérialisation de l'objectif collectif:la création de la société sans classes.

    C'est sous cette perspective pensons-nous qu'en a conçu et organisé le congrès des producteurs qui a pour tâches de déterminer les voies et les moyens d'augmenter la production et d'étudier les propositions lui sont soumises par le comité populaire.

 

    En gros, les tâches du comité populaire sont celles que traditionnellement étaient réservées au conseil de gestion dans toute entreprise capitaliste (planification, prévision budgétaires, compatibilité, coordination des activités entre les différents secteurs, etc.)

 

    Dans ce même ordre d'idées, la Libye poursuit un programme d'industrialisation centre sur la production manufacturière des produits destinés avant tout à la consommation locale. Ce plan est appuyé et guidé par le Centre de Recherche Industrielle lequel conduit des études de faisabilité, apporte l'assistance technique nécessaire à l'industrie et entreprend des recherches industrielles appliqués, notamment des recherches géologiques : c'est dans ce cadre que rentrent les dépenses énormes consenties au profit de la formation des cadres techniques nationaux.

 

    Sur le plan pratique, la politique économique de l'autogestion a produit les résultants escomptés. Non seulement que les producteurs directs jouissent des avantages sociaux remarquables (vacances, maternité, hospitalisation), ils ont aussi acquit le droit de participer dans le profit réalisé par l'entreprise.

  

    Bref, la stratégie de développement articulée dans le Livre Vert et son application par l'état libyen vise le but ultime de conquérir l'indépendance économique et d'altérer l'ordre économique international en place.

 

    En quoi l'approche de la Jamahiriya diffère-t-elle de celle des autres ? Pour y répondre, il nous faut examiner le problème posé par l'ordre économique international à l'époque de la crise du capitalisme, du point de vue des pays avancés aussi bien que de celui de moins avancés. Quoi de mieux indique que de procéder à l'analyse du dialogue Nord-Sud.

 

LE NOUVEL ORDRE ECONOMIQUE ET LE DIALOGUE NORD-SUD

   D'aucuns ne s'en doutent, la crise du capitalisme est une crise structurelle n'épargnant personne, frappant plus fortement les uns que les autres. Comme on le sait, la crise, en définitive, signifie l'impossibilité de maintenir l'ancien niveau de valeurs, de prix et de taux de profit, avec une masse de capitaux accrue. C'est le conflit entre les conditions d'accumulations et de mise en valeur du capital, qui n'est que le déploiement de toutes les contradictions inhérentes au capitalisme, qui interviennent toutes dans cette explication des crises : contradictions entre le développement majeur de la capacité de production et le développement plus restreint de la capacité de consommation des larges masses; contradictions issues de l'anarchie de la production résultant de la concurrence,de l'augmentation de la composition organique du capital et de la chute du taux de profit. Comme utilisé donc, le terme crise revêt le sens qui lui a été donné par Karl Marx, en référence aux crises économiques et commerciales, lesquelles étaient des interruptions dans les procès de production et d'accumulation de capital, et qui prenaient la forme (1) d'accumulation des biens qui ne pouvaient être vendues à profit, (2) des banqueroutes généralisées, (3) de panique financière, de réduction, (4) de         production, et (5) de chômage accru. (15) Sans vouloir reprendre l'historique du capitalisme, il convient tout de même de rappeler qu'il ne s'agit pas d'une histoire continue. Elle alterne des phases d'expansions avec des phases de crise structurelle. On peut distinguer quatre phases d'expansions: 1815-14, 1850-70, 1890-1914, 1948-67, et quatre phases de crise structurelle: 1815-14,1870-90,1914-48 et la période après 1967.  (16) Faute de temps et pour le besoin de la cause, nous allons nous limiter à la crise actuelle, laquelle se distingue des crises passées (1848-1849,1953-1954,1957-1958,1960-1961) par les caractéristiques suivantes: -- durée plus longue des phases d'expansion; -- moindre intensité des crises; --existence d'une hausse des prix permanente, y compris durant les phases de récession. (17) À ces caractéristiques s'ajoutent certains faits nouveaux. Pour la première fois, l'aigle semble baisser la tête. Incapables de concurrencer le Japon et l'Allemagne, les industries Américaines, particulièrement celles de l'acier et de l'automobile crient S.O.S. On sollicite de l'état des mesures protectionnistes. Du côté financier, ni le Dollar, ni les devises fortes de l'Allemagne ne pouvaient échapper à la crise.

 

    Avec la montée du pétro-dollar, les capitaux occidentaux ont très peu de débouchés. Et quand ceux-ci s'ouvrent, les clients sont, dans la plus part de cas, trop pauvres et leur solvabilité est incertaine.

 

   En gros, la situation se ramène à ceci : le centre, toujours fort mais certainement affaibli par des contradictions internes cherche à se regrouper aux dépens de la périphérie. Celle-ci, malgré des similarités poignantes, reste à partager  idéologiquement et politiquement et demeure essentiellement un débouché des biens manufacturés par le centre tout en continuant son rôle de fournisseur des matières premières (lesquelles lui rapportent de moins en moins) à ce même centre. Et cependant, tout le monde continue à s'interroger sur les voies et moyens à prendre pour sortir de la crise.

 

LES PRESCRIPTIONS DU CENTRE

 

Suite à l'appel de Houari Boumediene pour un nouvel ordre économique international, l'Assemblée Générale des Nations Unies (AGNU) décida d'élaborer une Charte Générale des Droits Economiques et Obligations des Etats (CGDEOE) en décembre 1975. Parmi les points saillants de la charte l'on peut citer:

 

1) La souveraineté sur les ressources nationales

2) L'amélioration des termes d'échange pour les producteurs des matières premières.

3) Une augmentation des ressources transférées aux pays en voie de développement.

 

    Partant de la charte, les négociateurs de la septième session spéciale des Nations Unies sur le Développement Economique et Coopération Internationale arrivèrent à un accord de principe. La résolution formulée par le  Groupe de 77, les Etats-Unis d’Amériques, la Communauté Economique Européenne et le Japon faisait appel à ce qui suit:

 

1) Etendre et diversifier le commerce, améliorer la productivité et augmenter les revenues sur l'exploitation des pays en voie de développement.
2) Assurer des prix rémunérateurs stables et équitables pour les matières premières exportées, et protéger le pouvoir d'achat(des pays exportateurs);
3) Réduire en supprimant les barrières tarifaires et non-tarifaires affectant les exportations des pays moins développés;
4) Augmenter le volume et améliorer les termes d'assistance au  développement;
5) Atteindre le seuil officiel de 0.7du produit National Brut des pays donnant à la fin des années 1970's;
6) Améliorer les conditions d'accès au marche mondial des capitaux en faveur des pays en voie de développement;
7) Alléger le poids de l'endettement des pays le sérieusement affectés;
8) Donner au tiers-monde une plus grande voix dans la gestion des institutions financières internationales et un plus grand accès à leurs ressources;

9) renforcer le contrôle et la surveillance sur la création et la distribution équitable des liquidités a l'échelon mondial;

10) faciliter le procès d'industrialisation dans le monde en voie de développement. (18)

   Cette résolution représente un courant de pensée propre aux leaders contemporains tant du centre que de la périphérie. Elle reflète l'esprit de beaucoup de conférences internationales organisées autour de ce même sujet. Il n'en reste pas moins qu'en dépit de leur engagement à sauvegarder l'impérialisme de corporation, l'on peut discerner au sein de ce grand courant de pensée au bon nombre de sous-courant allant de la rejection totale des demandes de pays périphériques à la proposition d'un nouveau plan Marshall pour la périphérie.

 

   Pour Jimmy Carter et ses alliés de la Commission Trilatérale, la solution idéale parait être le démembrement du Groupe de 77 et du Mouvement du Non-Alignement. Ils cherchent à diviser davantage les pays de la périphérie en détachant du bloc non-aligné ceux de mieux nantis, les appelant à jouer le rôle des zones de sous impérialisme.

 

   Pour les libéraux et sociaux-démocrates européens, la solution réside en un plan Marshall. Ainsi, sir Braine souligne le point suivant: … Tout ceci nous amène inévitablement à une conclusion: les pauvres du monde, loin de constituer un problème insurmontable, sont l'issue de secours aux difficultés croissants des pays industrialisées. Nous avons grandement besoin les uns des autres. Le monde est devenu trop petit et les riches ne peuvent plus continuer à ignorer les pauvres. (19)

 

   Streeten aborde dans le même sens et nous parait même plus direct quand il écrit:
Tout comme le premier Plan Marshall était basé sur la notion d'association et
mettait les ressources américaines à la disposition de l'Europe à condition que les Européens participassent à leur propre recouvrement, le nouveau plan envisage de rassembler les ressources et d'atteindre des objectifs communs. Tous les pays, développés et en voie de développement, seraient invités à contribuer à un certain pourcentage du produit national brut (0.3 si possible) à un fonds global destiné à satisfaire les besoins de premières nécessités humaines.
(20)

 

   Cette proposition est bien proche de celle de l'ancien Chancelier Allemand W.Brandt, lequel recommandait un programme d'urgence.

 

   Ronald Reagan, représentant l'extrême droite refuse de reconnaître les doléances de la périphérie et insiste que les négociations se poursuivent à travers les institutions internationales existantes. Ainsi, au sommet de Chacun (Oct/nov 1981), la délégation des Etats-Unis soumit un programme demandant la libéralisation du commerce, le développement des ressources alimentaires et énergétiques et une amélioration du climat d'investissements. Ce plan ne fut aucune mention des arrangements financiers nécessaires à résoudre le problème de l'endettement des pays périphériques. Rebutant le plan Reagan, le Financial Times écrit, «  les leçons du Président Reagan et des autres sur les vertus des marchés libres sont difficiles à réconcilier avec les contrôles restrictifs de plus en plus accrus et apparemment permanents comme le Multi Fibre Arrangement ». (21)

 

   Une autre solution de type libéral sortie de la conférence d'Arush (du 12 au 16 Février 1979) met l'accent sur les prix des matières premières. Elle avance l'idée d'un Fonds Commun. L'idée de base est que chaque marchandise intégrée dans ce programme ferait l'objet d'un arrangement international spécial sous lequel un comité achèterait la marchandise pour emmagasinage en temps de surproduction et pour la vente en temps de carence. Ceci aiderait à maintenir les prix dans les limites acceptables.

LES PRESCRIPTIONS DE LA PERIPHERIE

Déjà en 1955, la Conférence de Bandung posait les premiers jalons de ce qu'on convient d'appeler aujourd'hui le Tiers-Monde. Alors que l'attention des participants était centrée sur les questions politiques, la conférence n'avait pas pour autant négligé l'aspect économique de la jeune alliance. D’où l'on préconisait plusieurs mesures, dont l'établissement d'un fonds des Nations Unis pour le développement économique, l'encouragement à la création de banques et de compagnies d'assurances nationales et régionales, la stabilisation du commerce international etc.

 

Cette conférence fut tenue à l'époque où la plupart de pays d'Afrique, aujourd'hui membres du bloc non-aligné étaient encore des colonies. Il n'en reste pas moins que Bandung pavait le chemin pour Belgrade (1961) et le Caire (1964). A ce propos, la remarque de Claudine Rulleau parait pertinente:

 

   La première (conférence) consacre aux questions politiques l'écrasante majorité des résolutions finales (guerre froide, problèmes de la paix dans le monde, lutte contre la course aux armements, protestation contre l'utilisation de l'énergie atomique à des fins militaires, etc...); la portion congrue, réservée à la partie économique, contient néanmoins l'essentiel des revendications tiers-mondistes, dont les pays industrialisés auront bien du mal à se pénétrer.

 

   Plus précisément, la résolution stipulait ce qui suit:
Les participants (...) estiment qu'il faut s'efforcer de remédier au déséquilibre économique hérité du colonialisme et de l'impérialisme (...); jugent nécessaire de combler, grâce à une accélération du développement économique, industriel et agricole, l'écart toujours plus prononcé des niveaux de vie entre quelques pays hautement industrialisés et nombreux pays économiques peu développés; recommandent la création immédiate, dans le cadre des Nations Unis, d'un fonds d'équipement; développés et (...) que des efforts constructifs soient faits pour supprimer les frustrations excessives du commerce des produits de base (...); exigent que les résultats de la révolution scientifique et technique soient utilisés dans tous les domaines du développement économique pour hâter l'avènement de la justice sociale sur le plan international. (23)

 

   Au Caire, les mêmes doléances furent articulées bien qu'une fois de plus l'accent était placé sur ce que Nasser appelait le neutralisme positif. Presque deux décades après, bon nombre de conférences autour du même sujet continuent à abonder dans le même sens. Point n'est besoin de souligner, les résultats ont été négatifs dans l'ensemble. Bien souvent, les solutions avancées par les pays périphériques sont des solutions de compromis dont le net effet parait plutôt une consolidation des forces de l'exploitation. Loin de mener à la rupture, elles visent au maintien du statu quo.
  

   Bien entendue, beaucoup de ces pays ont essayé de recourir à des solutions radicales, notamment à la nationalisation des moyens de production dans certains secteurs de l'économie nationale. L'Algérie de Boumediene est certainement un cas en espèce. Selon l'artisan du capitalisme d'Etat,
L'entrée des pays du Tiers-monde dans le processus du développement est accompli, par dessus tout, en exerçant une souveraineté effective sur les ressources du sol et du sous-sol et en exerçant un contrôle effectif sur les revenus qui dérivent de ce développement. (24)

 

   Pour lui, la seule condition acceptable est la nationalisation. En effet écrit-il,
 « seul l'acte de nationalisation des moyens de développement des ressources naturelles créera une situation telle que chaque pays tire profit de ses ressources. La nationalisation rend tout ceci possible en:

- plaçant tout le courant financier dans le pays hôte et en donnant aux économies nationales les avantages qui en découlent;
- augmentant considérablement les revenues financiers directs du pays hôte;
mettant fin à l'état ferme des moyens d'exploitation, les intégrant entièrement dans la structure économique du pays hôte, rendant possible la création de nombreuses opportunités en matière d'investissement »
. (25)

 

   Sans aucun doute, la nationalisation des moyens de production est une condition nécessaire à la transformation de l'ordre économique établi, malheureusement, dans bien de cas, elle est devenue une fin en elle-même. D’où  elle a donné naissance soit à un capitalisme d'état, soit à une économie mixte toujours dominé par une bourgeoisie étrangère.


   Si dans le premier cas l'on réussi à réduire le degré de domination étrangère et de dépendance,dans le second cas, l'on a renforcé la position des impérialistes dont les intérêts sont désormais liés à ceux de la bourgeoisie nationale née de l'acte de nationalisation. Dans l'un comme dans l'autre cas, la situation du producteur direct est restée inchangée. Il continue à travailler pour un salaire de famine, il n'a aucun pouvoir dans la gestion de l'entreprise, l'exploitation au profit de la bourgeoisie tant nationale qu'étrangère se poursuit et dans certains cas, s'intensifie.

 

CONCLUSION

   Dans quelle mesure peut-on considérer la troisième théorie universelle comme étant une pensée originale? Qu'a-t-elle en commun avec le Marxisme Léninisme par exemple? Quels sont ses rapports avec l'Islam? Voila bien de questions que l'on ne cesse de se poser dans les milieux académiques. Aussi légitimes qu'elles nous paraissent toutes, nous avons résisté à la tentation de prendre cette voie, laquelle court souvent le risque de monter des lits de Procuste. Notre propos était de démontrer que dans le conflit Nord-sud, les solutions de compromis, toujours basées sur la bonne foi du Nord n'ont apporté aucun soulagement au mal du sous-développement. Pire encore, ces solutions s'inscrivent toujours dans le cadre des institutions internationales établies et bien souvent ont pour effet de résoudre les problèmes du bloc fort aux dépends de la périphérie.

 

   La troisième théorie universelle, voulant saisir le buffle par les cornes a pris le chemin de la confrontation directe. Avec le travailleur direct au centre de combat, et le peuple tout entier engagé dans la lutte, ont cherché non pas un compromis mais une victoire contre l'impérialisme, contre les forces d'exploitation. A court terme, la pratique révolutionnaire de la Jamahiriya semble répondre à tous les problèmes de la classe travailliste. A long terme, elle a posé les jalons du chemin devant mener vers la collectivisation des moyens de production et de distribution.

 

   Malgré ce succès apparent, il nous parait plus réaliste de parler en terme de victoire partielle. En effet, tant que le secteur clé de l'économie, c’est-à-dire le secteur pétrolier n'est pas encore sous le contrôle total des producteurs directs, tant que le pays dans son ensemble reste plus une entorse dans le système plutôt que la normale, tant que la théorie refuse de clarifier et de résoudre certaines contradictions internes tenante de la religion et de la culture, le danger d'une victoire finale des impérialistes est à craindre.

 

                                                                                                     Par
                                                                                          Makidi-Ku-Ntima, Ph.D
                                                                                          Dept.Sciences Politiques
                                                                                          Atlanta University, Georgia
                                                                                          Etats-Unis d'Amériques
 



 

EXTRAIT de  « LES PROBLEMES   POLITIQUES »

 METAPOLITIQUE ET TROISIEME THEORIE UNIVERSELLE

 

« La démocratie se confond exactement

pour moi avec la souveraineté. La

démocratie, c'est le gouvernement du

peuple exerçant la souveraineté

sans entrave ». Charles de Gaulle

                       

   Refusant la fausse alternative qui ne laisse le choix qu'entre le capitalisme sauvage et le marxisme, la Troisième Théorie Universelle se situe immédiatement dans une autre dimension de la politique,très loin des réductionnismes et de la superficialité des pratiques politiciennes.

  

   Faisant le procès de la démocratie figée, le mahatma Gandhi trouvait  le capitalisme moderne d'autant plus dangereux qu'il berce les peuples dans une sécurité trompeuse  et lui reprochait de ne pas seulement asservir les corps comme la féodalité, mais aussi d'infecter et de détruire l'âme.

  

   En parallèle, nous trouvons chez   Emmanuel Mounier une semblable démarche, mais à l'encontre du marxisme: En vidant l'individu de son intériorité et le monde de son mystère, en affirmant l'imminence sans la transcendance et le temps sans l'éternité; le marxisme s'est privé de toute une dimension du réel; car il faut aussi se jeter dans les profondeurs intérieures pour bien lire les secrets de la nature. Contre Marx, nous affirmons qu'il n'y a de civilisation et culture humaine que métaphysiquement orientées.

  

   Cette double orientation spiritualiste et cette référence à la métaphysique dans le domaine politique nous amènent à considérer l'utilité sémantique d'un terme qui situe d'emblée une certaine vision de la politique au sens actuel de ce terme.

 

   La métaphysique est la partie de la philosophie qui traite des premiers principes de la connaissance, la connaissance des causes premières. Outre son sens synonymique de philosophie première, la métaphysique concerne aussi plus largement toute réflexion sur le sens du monde et la place de l'homme dans l'univers.

 

   Le message contenu dans le Livre Vert est d'ordre politique, mais ses préoccupations dépassent largement ce que l'on entend habituellement de nos jours par politique. La constante référence spiritualiste d'une part, la démarche globalisante d'autre part, sont là pour donner une nouvelle dimension à la Troisième Théorie Universelle, laquelle n'est pas seulement une doctrine politique.

 

   Recherchant, l'origine de la vie en société et en tirant les conclusions qui s'imposent, réfléchissant à la place de l'homme dans l'humanité et l'univers, cette théorie va même plus loin que le sens étymologique de la politique; elle va jusqu'aux origines premières de la pensée.

 

   Nous définirons donc la Troisième Théorie Universelle comme une METAPOLITIQUE.

PARALLELISME AVEC D'AUTRES PENSEURS

   Sans vouloir faire remonter trop loin dans l'histoire une analyse comparative, nous nous bornerons à situer la pensée du Livre Vert par rapport à certaines démarches de ce siècle et du siècle précèdent.

 

   D'une manière confuse et éparse, nous retrouvons des thèmes présentés par le Livre Vert chez divers penseurs et courants politiques. La critique du parlementarisme au nom de la loi naturelle est présente chez Maurras tandis que la même démarche au nom du pouvoir direct du peuple se retrouve chez les anarchistes. Mais il est évident que la pensée du Livre Vert ne peut guère se comparer au conservatisme de Maurras ou l'incohérence tragique de la pratique anarchiste.

 

   Cependant, un penseur européen avait développé en son temps des thèmes dont certains ne sont pas étrangers à la Troisième Théorie Universelle: à savoir Pierre-Joseph Proudhon qui se situe dans l'ensemble de l'idéologie du fédéralisme intégral.

 

    Adversaire de la centralisation systématique et de la dépersonnalisation des rapports institutionnels autant qu'économiques, Proudhon prôna une synthèse politique qui s'opposait à la fois aux excès du capitalisme et au totalitarisme qui se trouvait déjà en gestation dans les écrits de son contemporain Karl Marx.

 

   Pour très séduisante qu'elle soit – surtout à notre époque où les deux systèmes politico-économiques ont prouvé leur faillite respective – la pensée de Proudhon pêche par un défaut: le matérialisme. Etranger à toute préoccupation spirituelle et métaphysique, Proudhon ne présenta donc qu'une synthèse où l'une des composants de base – donc essentielle – manquait.

 

   A l'inverse, la pensée du grand écrivain français Charles Péguy est tout empreinté de foi et de mysticisme. Mais bien que se rattachant aussi au fédéralisme intégral  - dont l'élément central de toute la fédération était la plus petite unité, à savoir l'homme – Péguy pêche par une autre manque: celui d'une approche économique de son idéologie.

 

   Après le fédéralisme intégral de Proudhon et le socialisme mystique de Charles Péguy, l'Europe connut aussi d'autres efforts de synthèse qui, sans nécessairement l'affirmer comme telle, recherchaient une sorte de voie nouvelle, une troisième voie ...

 

   La France vit se développer l'idéologie solidariste. Courant libéral progressiste, le solidarisme eut pour père Léon Bourgeois qui fut président du Conseil (premier ministre) en 1895/96 et Prix Nobel de la Paix en 1920. La décennie précédente, la Belgique vit se réunir en mai 1887 un congrès libéral progressiste dont les grands noms furent  Paul Janson et Charles Gilisquet.

    Ainsi se posèrent les premiers jalons du radicalisme politique qui revêt bien des formes différentes selon les pays non pas par manque d'idéal ni de volonté mais peut-être par manque d'une synthèse métapolitique.

 

   La quête d'une troisième voie fut aussi illustrée sur le plan économique par Silvio Gesell, économiste argentin d'origine allemande.

 

   Dans les pays du Tiers-monde, la lutte pour l'indépendance puis les premières années de la décolonisation permit l'éclosion de mouvements politiques nationalistes qui, selon les aléas du moment, se dotèrent plus ou moins précisément d'idéologies originales. Une étude approfondie de la sémantique politique permettrait d'analyser à quel point la terminologie politique traditionnelle ne recouvre le plus souvent que des prises de position circonstancielles sinon opportunistes. A des très rares exceptions, les mouvements politiques issues des guerres de libération retombèrent, même inconsciemment ou contre leur gré, dans le piège de l'alternative Est-ouest, les uns donnant des gages à la démocratie formelle occidentale, les autres adoptant une phraséologie marxiste.

 

  Celui qui s'approcha le plus d'une réelle théorie universelle fut le Mahatma Gandhi, le père de la nation indienne.

 

LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DE GANDHI

   Profondément croyant, Mohandas Karamchand Gandhi  souhaitait par dessus tout  spiritualiser la politique.

 

   Connu surtout pour son attachement à la non-violence et sa lutte contre les discriminations raciales et religieuses, Gandhi fut un homme ouvert qui ne refusa jamais la compréhension des grandes religions.

 

   Sa vision de l'organisation de la société n'est pas sans analogie avec celle que devait ébaucher Moammar El Kadhafi. Sa critique du parlementarisme classique est aussi pertinente: C'est une superstition et un sacrilège de croire que l'acte d'une majorité lie une minorité. De même, Gandhi affirme: La liberté véritable se réalisera non grâce a la conquête de l'autorité par une seule élite, mais par la réalisation par tous de la capacité – en d'autres termes, la liberté sera atteinte par l'éducation du peuple, par sa prise de conscience de sa propre capacité de gérer et de régulariser l'autorité.

 

   Voici comment le Mahatma Gandhi  voyait le schéma de la société idéale:

Cette structure composée d'innombrables communes sera caractérisée par des cercles s'élargissant dans un mouvement ascendant. La vie ne sera pas à la pyramide dont le sommet est appuyé par la base. Elle se présentera sous forme de cercle océanique avec au centre l'individu toujours prêt à périr pour sa commune, celle-ci prête à périr pour le cercle de commune qui l'entoure, jusqu'à ce que la vie se compose d'individus sans arrogance ni agressivité, toujours humbles tout en participant à la majesté du cercle océanique dont ils font partie. Et Gandhi de préciser: Aussi la circonférence extérieure ne détiendra-t-elle pas les pouvoirs pour écraser ceux de l'intérieur, mais elle leur donnera la force nécessaire tout en dérivant d'eux à son tour sa propre énergie.

 

   Avec ses mots à lui et dans le contexte qui lui fut propre, aussi bien au niveau géopolitique que spirituel, Gandhi amorce une définition de la société idéale qui se trouve comme une sorte de maillon entre celle des penseurs fédéralistes et socialistes mystiques européens d'une part. L'on y retrouve aussi une réfutation du concept négatif de la lutte des classes, laquelle est abandonnée au profit d'un esprit solidariste et communautaire.

 

   Gandhi envisageait aussi les problèmes au niveau mondial car pour lui, sa mission était celle de la fraternité entre les peuples.

 

CRITIQUE DE LA POLITIQUE POLITICIENNE

   Dans les pays européens, la domination exclusiviste de la vie politique par les partis a donné lieu a une définition: la particratie, le pouvoir des partis lequel n'a plus rien à voir avec l'idée de base de la démocratie.

 

   Déjà Edouard Herriot, homme politique français, avait eu ces mots ironiques: La politique est l'une des branches de météorologie. La météorologie est la science des courants d’air.

 

   Quant au grand poète Paul Valery, il disait en substance: La politique était auparavant l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Elle est maintenant l'art de leur demander constamment leur avis sur ce qu'ils ne connaissent pas.

 

   D'autre part, parler dans l'absolu de libertés démocratiques ne veut pas dire grande chose. Ainsi le père spirituel du libéralisme progressiste moderne belge – Paul Hymans (qui était de religion protestante) se plaisait à affirmer: Est-ce que l'homme isolé, ignorant, pauvre, comprimé par les besoins matériels, est vraiment libre et capable d'exercer sa liberté? Non ! Il n'y a pas de liberté dans l'ignorance et la misère.

 

   La lassitude des citoyens réduits au rang d'électeurs régulièrement occasionnels ne cesse de s'illustrer dans de nombreux pays où le parlementarisme classique n'inspire plus que désintérêt ou ironie.

 

  Certes, il est beaucoup trop aisé à des politiciens marginaux aigris de leur constant insuccès ou à des partis extrémistes de faire le procès du parlementarisme classique. Mais; il est bien plus intéressant d'analyser la critique lucide posée par un homme politique qui rompit avec force de tous ses candidats publics, excède par le système politique actuel.

   Nous voudrions ainsi évoquer le livre  Germes et bois morts dans la société  politique contemporaine  publié récemment par l'ancien ministre belge, le professeur  François Perlin.

 

   Ancien ministre de la réforme des institutions, éminent juriste et universitaire, François Perlin brosse un tableau lucide des moeurs politiques belges, lesquelles se retrouvent dans bien d'autres pays.

 

   Voici quelques-unes de ses réflexions:

 

-   Dans certains pays, comme la Belgique et la Hollande, où sévit une particratie sans partage, ce sont les oligarchies de partis qui décident des alliances souverainement: les électeurs n'ont pas été appelés à donner une indication quelconque sur ce point.

-   La particratie contient, à la limite, en elle-même, les causes de sa propre destruction. Elle peut vivoter longtemps, tant que la société se suffit à elle-même, n'attend du pouvoir qu'un service limité que continuent d'assurer les administrations locales, régionales ou étatiques, malgré les carences gouvernementales dues aux crises politiques. Mais lorsque cette société se heurte à une crise trop grave, elle risque de s'effondrer.

-   Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l'on tente partout d'ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage.

 

   Abordant le problème de l'enseignement, François Perlin ajoute: La liberté commande de faire front, ici comme ailleurs, contre l'impérialisme des oligarchies.

 

   Des hommes de sciences tiennent le même raisonnement. Ainsi, le biologiste Allemand Konrad Lorenz, Prix Nobel de Médecine, qui affirme: Le magnat de la production capitaliste, comme le fonctionnaire soviétique, veut avoir les moyens de conditionner les hommes et d'en faire des être subordonnés, uniformisés, parfaitement soumis... Lorsqu'une idéologie mondiale et la politique qui en découle sont fondées sur le mensonge, il faut s'attendre aux pires conséquences. La doctrine pseudo-démocratique porte une large part de responsabilités dans l'effondrement de la culture et de la morale qui menace les Etats-Unis et qui risque d'entraîner sa chute et le monde occidental tout entier.

 

  Spécialiste européen des sciences politiques, Alexandre Marc avance une critique de l'Etat qui va dans le même sens que l'auteur du Livre Vert. Il écrit:  Pour asseoir la dictature de la majorité sur la minorité, dictature qui se transforme immanquablement en une dictature d'une fraction de plus en plus restreinte, sur la majorité un seul outil, un seul instrument, une seule mécanique: l'Etat.

 

   Le concept traditionnel d'Etat – et dirions-nous – sa  déification  par ceux qui s'en servent, sont à l'origine de la plus gigantesque escroquerie intellectuelle de tous les temps. Cette notion-même d'Etat a été remplacée dans la patrie de l'auteur du Livre Vert par celle de JAMAHIRIYA. Il ne s'agit pas là de la simple traduction du terme de  république  - lequel, avec le temps, ne veut absolument plus rien dire - mais plutôt d'un terme qui englobe l'idée de communauté et, plus précisément, de pouvoir communautaire, de communauté participative, de société communicationnelle. Ce que nous avons appelé la métapolitique se trouve bien au centre de cette ébauche dynamisante d'une Troisième Théorie Universelle dont la Jamahiriya apparaît comme une sorte de creuset.

 

   Nous avons voulu – en nous référant à différents auteurs et penseurs modernes – non pas associer ces derniers aux thèses de Moammar El Kadhafi ni faire preuve d'une approbation personnelle, mais bien prouver que la démarche de l'auteur du Livre Vert, tout en étant originale, répond à un besoin que d'autres ont ressenti. Certaines idées présentées dans le Livre Vert furent illustrées isolement dans d'autres temps, en d'autres lieux et par d'autres penseurs parmi lesquels nul n'a été aussi durement calomnié que Moammar El Kadhafi. Peut-être est-ce par ce que l'auteur du Livre Vert a tenté une démarche de synthèse là où les autres posèrent des jalons isolés ou, qui plus est, par ce que les circonstances lui donnent raison?

EN GUISE DE CONCLUSION

   Il serait impossible, vaniteux ou indécent, de poser une conclusion définitive à la présente étude. Loin de clore un débat, elle ne peut – au contraire—que l'ouvrir.

 

   La seule conclusion qui s'impose serait de souhaiter que la recherche d'une Troisième Théorie Universelle garde sa valeur intrinsèque et ne s'altère pas au contact de prétendus impératifs diplomatiques circonstanciels. Car, de toute évidence, une telle idéologie - radicalement nouvelle - attire deux sortes d'ennemis: ceux qui s'y opposeront de front (et qui auront le mérite de la sincérité) et ceux qui, pour la combattre, essayeront de l'utiliser, de la dénaturer en la mettant à la remorque d'une des deux théories auxquelles elle devrait inéluctablement succéder.

 

   L'auteur du Livre Vert étant animé de principes religieux d'une grande valeur, qu'il nous soit donc permis de poser ici, en guise d'ouverture sur l'avenir, une citation du Dr. Albert Schweitzer – grand humaniste libéral et pasteur témoin de la foi protestante:

   

« Nous entreprendrons, autant que le permet la force de la pensée, de contraindre l'Etat moderne à s'intégrer à la spiritualité et à la moralité d'un Etat civilisé, tel que le respect de la vie le conçoit. Nous lui demanderons de dépasser en spiritualité et en moralité tout ce qu'on n'avait jamais pu attendre d'un autre Etat. Le vrai progrès est dans l'aspiration à l'idéal vrai ».

 

« On nous objecte que l’expérience est faite qu’un état qui respecterait la vérité, la justice et l’éthique n’est pas viable et qu’en dernier ressort il devra se réfugier dans l’opportunisme. Qu’on nous permette de sourire de la valeur d’une telle expérience qui est démentie par ses résultats déplorables. Nous avons donc le droit d’affirmer que c’est le contraire qui est la vraie sagesse, c’est-à-dire que, pour l’état comme pour l’individu, sa force vitale est dans sa spiritualité et son éthique. Il vit de la confiance que ses membres mettent en lui… Ainsi l’affirmation éthique de la vie et du monde insuffle à l’état moderne le désir de devenir une personnalité éthique et spirituelle et sa pression obstinée ne se relâche pas… La sagesse de demain prend une autre voix que la sagesse d’hier »

 

   Ce défi a été lancé par Albert Schweitzer en 1923 ...Il peut être relevé !

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