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 LE TERRORISME ET LE TERRORISME POLITIQUE,
Par Mouammar El  Kadhafi

 

 [MCR.24.06.2008 12:35]


« La démocratie se confond exactement pour moi avec la souveraineté. La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave », Charles de Gaulle.

 Refusant la fausse alternative qui ne laisse le choix qu'entre le capitalisme sauvage et le marxisme, la Troisième Théorie Universelle se situe immédiatement dans une autre dimension de la politique, très loin des réductionnismes et de la superficialité des pratiques politiciennes.

 Faisant le procès de la démocratie figée, le Mahatma Gandhi trouvait le capitalisme moderne d'autant plus dangereux qu'il berce les peuples dans une sécurité trompeuse et lui reprochait de ne pas seulement asservir les corps comme la féodalité, mais aussi d'infecter et de détruire l'âme.

 En parallèle, nous trouvons chez Emmanuel Mounier une semblable démarche, mais à l'encontre du marxisme: En vidant l'individu de son intériorité et le monde de son mystère, en affirmant l'imminence sans la transcendance et le temps sans l'éternité; le marxisme s'est privé de toute une dimension du réel; car il faut aussi se jeter dans les profondeurs intérieures pour bien lire les secrets de la nature. Contre Marx, nous affirmons qu'il n'y a de civilisation et culture humaine que métaphysiquement orientées. Cette double orientation spiritualiste et cette référence à la métaphysique dans le domaine politique nous amènent à considérer l'utilité sémantique d'un terme qui situe d'emblée une certaine vision de la politique au sens actuel de ce terme.

 La métaphysique est la partie de la philosophie qui traite des premiers principes de la connaissance, la connaissance des causes premières. Outre son sens synonymique de philosophie première, la métaphysique concerne aussi plus largement toute réflexion sur le sens du monde et la place de l'homme dans l'univers.

 Le message contenu dans le Livre Vert est d'ordre politique, mais ses préoccupations dépassent largement ce que l'on entend habituellement de nos jours par politique. La constante référence spiritualiste d'une part, la démarche globalisante d'autre part, sont là pour donner une nouvelle dimension à la Troisième Théorie Universelle, laquelle n'est pas seulement une doctrine politique.

 Recherchant l'origine de la vie en société et en tirant les conclusions qui s'imposent, réfléchissant à la place de l'homme dans l'humanité et l'univers, cette théorie va même plus loin que le sens étymologique de la politique; elle va jusqu'aux origines premières de la pensée.

 Nous définirons donc la Troisième Théorie Universelle comme une METAPOLITIQUE.

 PARALLELISME AVEC D'AUTRES PENSEURS

 Sans vouloir faire remonter trop loin dans l'histoire une analyse comparative, nous nous bornerons à situer la pensée du Livre Vert par rapport à certaines démarches de ce siècle et du siècle précèdent.

D'une manière confuse et éparse, nous retrouvons des thèmes présentés par le Livre Vert chez divers penseurs et courants politiques. La critique du parlementarisme au nom de la loi naturelle est présente chez Maurras tandis que la même démarche au nom du pouvoir direct du peuple se retrouve chez les anarchistes. Mais il est évident que la pensée du Livre Vert ne peut guère se comparer au conservatisme de Maurras ou l'incohérence tragique de la pratique anarchiste.

 Cependant, un penseur européen avait développé en son temps des thèmes dont certains ne sont pas étrangers à la Troisième Théorie Universelle: à savoir Pierre-Joseph Proudhon qui se situe dans l'ensemble de l'idéologie du fédéralisme intégral.

 Adversaire de la centralisation systématique et de la dépersonnalisation des rapports institutionnels autant économiques, Proudhon prôna une synthèse politique qui s'opposait à la fois aux excès du capitalisme et au totalitarisme qui se trouvait déjà en gestation dans les écrits de son contemporain Karl Marx.

 Pour très séduisante qu'elle soit – surtout à notre époque ou les deux systèmes politico-économiques ont prouvé leur faillite respective – la pensée de Proudhon pêche par un défaut: le matérialisme. Etranger à toute préoccupation spirituelle et métaphysique, Proudhon ne présenta donc qu'une synthèse où l'une des composantes de base – donc essentielle – manquait.

 A l'inverse, la pensée du grand écrivain français Charles Péguy est tout empreinté de foi et de mysticisme. Mais bien que se rattachant aussi au fédéralisme intégral - dont l'élément central de toute la fédération était la plus petite unité, à savoir l'homme – Péguy pêche par un autre manque: celui d'une approche économique de son idéologie.

 Après le fédéralisme intégral de Proudhon et le socialisme mystique de Charles Péguy, l'Europe connut aussi d'autres efforts de synthèse qui, sans nécessairement l'affirmer comme telle, recherchaient une sorte de voie nouvelle, une troisième voie ...

 La France vit se développer l'idéologie solidariste. Courant libéral progressiste, le solidarisme eut pour père Léon Bourgeois qui fut président du Conseil (premier ministre) en 1895/96 et Prix Nobel de la Paix en 1920. La décennie précédente, la Belgique vit se réunir en mai 1887 un congrès libéral progressiste dont les grands noms furent Paul Janson et Charles Gilisquet.

 Ainsi se posèrent les premiers jalons du radicalisme politique qui revêt bien des formes différentes selon les pays non pas par manque d'idéal ni de volonté mais peut-être par manque d'une synthèse métapolitique.

 La quête d'une troisième voie fut aussi illustrée sur le plan économique par Silvio Gesell, économiste argentin d'origine allemande.

 Dans les pays du Tiers-monde, la lutte pour l'indépendance puis les premières années de la décolonisation, permirent l'éclosion de mouvements politiques nationalistes qui, selon les aléas du moment, se dotèrent plus ou moins précisément d'idéologies originales. Une étude approfondie de la sémantique politique permettrait d'analyser à quel point la terminologie politique traditionnelle ne recouvre le plus souvent que des prises de position circonstancielles sinon opportunistes. A des très rares exceptions, les mouvements politiques issus des guerres de libération retombèrent, même inconsciemment ou contre leur gré, dans la piège de l'alternative Est-Ouest, les uns donnant des gages à la démocratie formelle occidentale, les autres adoptant une phraséologie marxiste.

Celui qui s'approcha le plus d'une réelle théorie universelle fut le Mahatma Gandhi, le père de la nation indienne.

 LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DE GANDHI

 Profondément croyant, Mohandas Karamchand Gandhi souhaitait par dessus tout «spiritualiser la politique». Connu surtout pour son attachement à la non-violence et sa lutte contre les discriminations raciales et religieuses, Gandhi fut un homme ouvert qui ne refusa jamais la compréhension des grandes religions.

 Sa vision de l'organisation de la société n'est pas sans analogie avec celle que devait ébaucher Mouammar El Kadhafi. Sa critique du parlementarisme classique est aussi pertinente: C'est une superstition et un sacrilège de croire que l'acte d'une majorité lie une minorité. De même, Gandhi affirme: La liberté véritable se réalisera non grâce à la conquête de l'autorité par une seule élite, mais par la réalisation par tous de la capacité – en d'autres termes, la liberté sera atteinte par l'éducation du peuple, par sa prise de conscience de sa propre capacité de gérer et de régulariser l'autorité.

 Voici comment le Mahatma Gandhi voyait le schéma de la société idéale:

Cette structure composée d'innombrables communes sera caractérisée par des cercles s'élargissant dans un mouvement ascendant. La vie ne sera pas à la pyramide dont le sommet est appuyé par la base. Elle se présentera sous forme de cercle océanique avec au centre l'individu toujours prêt à périr pour sa commune, celle-ci prête à périr pour le cercle de commune qui l'entoure, jusqu'à ce que la vie se compose d'individus sans arrogance ni agressivité, toujours humbles tout en participant à la majesté du cercle océanique dont ils font partie. Et Gandhi de préciser: Aussi la circonférence extérieure ne détiendra-t-elle pas les pouvoirs pour écraser ceux de l'intérieur, mais elle leur donnera la force nécessaire tout en dérivant d'eux à son tour sa propre énergie.

 Avec ses mots à lui et dans le contexte qui lui fut propre, aussi bien au niveau géopolitique que spirituel, Gandhi amorce une définition de la société idéale qui se trouve comme une sorte de maillon entre celle des penseurs fédéralistes et socialistes mystiques européens d'une part. L'on y retrouve aussi une réfutation du concept négatif de la lutte des classes, laquelle est abandonnée au profit d'un esprit solidariste et communautaire.

 Gandhi envisageait aussi les problèmes au niveau mondial car pour lui, sa mission était celle de la fraternité entre les peuples.

 CRITIQUE DE LA POLITIQUE POLITICIENNE

 Dans les pays européens, la domination exclusiviste de la vie politique par les partis a donné lieu à une définition: la partitocratie, le pouvoir des partis lequel n'a plus rien à voir avec l'idée de base de la démocratie.

 Déjà Edouard Herriot, homme politique français, avait eu ces mots ironiques: «La politique est l'une des branches de météorologie. La météorologie est la science des courants d’air ».

 Quant au grand poète Paul Valery, il disait en substance: «La politique était auparavant l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Elle est maintenant l'art de leur demander constamment leur avis sur ce qu'ils ne connaissent pas ».

 D'autre part, parler dans l'absolu de libertés démocratiques ne veut pas dire grande chose. Ainsi le père spirituel du libéralisme progressiste moderne belge – Paul Heymans (qui était de religion protestante) se plaisait a affirmer: Est-ce que l'homme isolé, ignorant, pauvre, comprimés par les besoins matériels, est vraiment libre et capable d'exercer sa liberté? Non ! Il n'y a pas de liberté dans l'ignorance et la misère.

 La lassitude des citoyens réduits au rang d'électeurs régulièrement occasionnels ne cesse de s'illustrer dans de nombreux pays où le parlementarisme classique n'inspire plus que désintérêt ou ironie.

 Certes, il est beaucoup trop aisé à des politiciens marginaux aigris de leur constant insuccès ou à des partis extrémistes de faire le procès du parlementarisme classique. Mais il est bien plus intéressant d'analyser la critique lucide posée par un homme politique qui rompit avec force de tous ses candidats publics, excédés par le système politique actuel.

 Nous voudrions ainsi évoquer le livre Germes et bois morts dans la société politique contemporaine publié récemment par l'ancien ministre belge, le professeur François Perlin.

 Ancien ministre de la reforme des institutions, éminent juriste et universitaire, François Perlin brosse un tableau lucide des moeurs politiques belges, lesquelles se retrouvent dans bien d'autres pays.

 Voici quelques-unes de ses réflexions:

  • Dans certains pays, comme la Belgique et la Hollande, où sévit une partitocratie sans partage, ce sont les oligarchies de parties qui décident des alliances souverainement: les électeurs n'ont pas été appelés à donner une indication quelconque sur ce point.
  • La partitocratie contient, à la limite, en elle-même, les causes de sa propre destruction. Elle peut vivoter longtemps, tant que la société se suffit à elle-même, n'attend du pouvoir qu'un service limite que continuent d'assurer les administrations locales, régionales ou étatiques, malgré les carences gouvernementales dues aux crises politiques. Mais lorsque cette société se heurte à une crise trop grave, elle risque de s'effondrer.
  • Le capitalisme prédateur et le socialisme autoritaire, ces deux monstruosités du siècle, ont assez démontré la capacité de folie suicidaire des hommes, pour que l'on tente partout d'ouvrir des voies à un comportement plus équilibré, plus serein et plus sage.

Abordant le problème de l'enseignement, François Perin ajoute: « La liberté commande de faire front, ici comme ailleurs, contre l'impérialisme des oligarchies ».

Des hommes de science tiennent le même raisonnement. Ainsi, le biologiste Allemand Konrad Lorenz, Prix Nobel de Médecine, qui affirme: Le magnat de la production capitaliste, comme le fonctionnaire soviétique, veut avoir les moyens de conditionner les hommes et d'en faire des être subordonnes, uniformisés, parfaitement soumis... lorsqu'une idéologie mondiale et la politique qui en découle sont fondées sur le mensonge, il faut s'attendre aux pires conséquences. La doctrine pseudo-démocratique porte une large part de responsabilités dans l'effondrement de la culture et de la morale qui menace les Etats-Unis et qui risque d'entraîner sa chute et le monde occidental tout entier.

Spécialiste européen des sciences politiques, Alexandre Marc avance une critique de l'Etat qui va dans le même sens que l'auteur du Livre Vert. Il écrit: « Pour asseoir la dictature de la majorité sur la minorité, dictature qui se transforme immanquablement en une dictature d'une fraction de plus en plus restreinte, sur la majorité un seul outil, un seul instrument, une seule mécanique: l'Etat ».

Le concept traditionnel d'Etat – et dirions-nous – sa déification par ceux qui s'en servent, sont à l'origine de la plus gigantesque escroquerie intellectuelle de tous les temps. Cette notion même d'Etat a été remplacée dans la patrie de l'auteur du Livre Vert par celle de JAMAHIRIYA. Il ne s'agit pas la de la simple traduction du terme de république - lequel, avec le temps, ne veut absolument plus rien dire - mais plutôt d'un terme qui englobe l'idée de communauté et, plus précisément, de pouvoir communautaire, de communauté participative, de société communicationnelle.

Ce que nous avons appelé la métapolitique se trouve bien au centre de cette ébauche dynamisante d'une Troisième Théorie Universelle dont la Jamahiriya apparaît comme une sorte de creuset.

Nous avons voulu – en nous referant à différents auteurs et penseurs modernes – non pas associer ces derniers aux thèses de Mouammar El Kadhafi ni faire preuve d'une approbation personnelle, mais bien prouver que la démarche de l'auteur du Livre Vert, tout en étant originale, répond à un besoin que d'autres ont ressenti. Certaines idées présentées dans le Livre Vert furent illustrées isolement dans d'autres temps, en d'autres lieux et par d'autres penseurs parmi lesquels nul n'a été aussi durement calomnié que Mouammar El Kadhafi. Peut-être est-ce par ce que l'auteur du Livre Vert a tenté une démarche de synthèse là où les autres posèrent des jalons isolés où, qui plus est, parce que les circonstances lui donnent raison.

Somme toute, il serait impossible, vaniteux ou indécent, de poser une conclusion définitive à la présente étude. Loin de clore un débat, elle ne peut - au contraire - que l'ouvrir.

La seule conclusion qui s'impose serait de souhaiter que la recherche d'une Troisième Théorie Universelle garde sa valeur intrinsèque et ne s'altère pas au contact de prétendus impératifs diplomatiques circonstanciels. Car de toute évidence, une telle idéologie - radicalement nouvelle – attire deux sortes d'ennemis: ceux qui s'y opposeront de front (et qui auront le mérite de la sincérité) et ceux qui, pour la combattre, essayeront de l'utiliser, de la dénaturer en la mettant à la remorque d'une des deux théories auxquelles elle devrait inéluctablement succéder.

L'auteur du Livre Vert étant animé de principes religieux d'une grande valeur, qu'il nous soit donc permis de poser ici, en guise d'ouverture sur l'avenir, une citation du Dr Albert Schweitzer – grand humaniste libéral et pasteur témoin de la foi protestante: « Nous entreprendrons, autant que le permet la force de la pensée, de contraindre l'Etat moderne à s'intégrer à la spiritualité et à la moralité d'un Etat civilisé, tel que le respect de la vie le conçoit. Nous lui demanderons de dépasser en spiritualité et en moralité tout ce qu'on n'avait jamais pu attendre d'un autre Etat. Le vrai progrès est dans l'aspiration à l'idéal vrai  (…) On nous objecte que l’expérience est faite qu’un Etat qui respecterait la vérité, la justice et l’éthique n’est pas viable et qu’en dernier lieu, il devra se réfugier dans l’opportunisme. Qu’on nous permette de sourire de la valeur d’une telle expérience qui est démentie par ses résultats déplorables. Nous avons donc le droit d’affirmer que c’est le contraire qui est la vraie sagesse, c’est-à-dire que, pour l’Etat comme pour l’individu, sa force vitale est dans sa spiritualité et son éthique. Il vit de la confiance que ses membres mettent en lui… Ainsi l’affirmation éthique de la vie et du monde insuffle à l’état moderne le désir de devenir une personnalité éthique et spirituelle et sa pression obstinée ne se relâche pas… la sagesse de demain prend une autre voix que la sagesse d’hier».

Ce défi a été lancé par Albert Schweitzer en 1923 ...Il peut être révélé !

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