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Par Samuel
Métairie
sam-articles.over-blog.com
Mercredi 5 mai 2010
Au royaume de la
honte, l’obscurantisme est roi. Le régime de
Vichy n’aurait peut-être pas fait mieux en
termes de performance médiatique. Nous savions
déjà que l’État providence et les libertés
individuelles s’amenuisaient au fur et à mesure
que le processus de globalisation se poursuit.
Plus nombreux sont ceux à se rendre compte que
notre pays est devenu en peu de temps un espace
où l’on a peur de la police bientôt privatisée,
des arrestations arbitraires, et de leur abus de
pouvoir. Ce printemps 2010 est placé sous
l’obole de la honte internationale et marque la
mort de l’État laïque.
1 - Journalisme de faits
divers, rentabilité actionnariale, propagande et
consorts, objectifs :
noyé la réalité sociale dans l’idéologie
dominante.
Depuis plusieurs
années déjà, le pouvoir politique profite de la
propagande proférée par les journalistes du fait
divers pour faire passer en tout impunité ses
lois discriminatoires. Un organisme de presse
choisit de médiatiser un accident de la route,
où une voiture aurait renversé des gens, le
gouvernement projette de limiter la vitesse sur
tout le territoire. Un taré viole une femme, et
voila que l’on ressort les vieux dossiers de la
castration chimique, voire, pourquoi pas tant
qu’on y est, chercher « le gêne délinquant chez
les bébés ». Certes c’est un crime ignoble, mais
il y a deux poids deux mesures. On n’attire pas
les mouches avec du vinaigre !
Désormais, à
chaque fait divers correspond une loi, comme si
les deux complotaient ensemble : le
gouvernement, du moins le cortège d’hommes
d’affaires déguisés en hommes politiques veulent
serrer la vis pour enfermer les libertés du
peuple dans un cercueil et combler ses vices
oligarchiques, il suffit alors aux services
médiatiques de la communication publique
d’orienter la propagande pour obtenir
l’assentiment des électeurs-lecteurs.
La polémique
enfle, branle-bas de combat au bal des
courtisans du royaume, les sinistres du
gouvernement prennent le micro pour communiquer
leurs réactions, donner l’impression qu’ils
agissent pour l’intérêt général là où leurs lois
s’appliqueront à des minorités. Presse et
pouvoir marchent ensemble, l’État se targue de
ne plus avoir le monopole étatique sur
l’information, mais les camarades financiers de
l’actionnaire majoritaire de l’entreprise France
sont tous à la tête des grosses entreprises de
presse, et les journalistes ensuite vomissent à
tour de gorge leur « liberté de la presse » pour
cacher l’autocensure sur les sujets non
rentables qui fâchent… Et les choses
s’accélèrent.
Nous sommes tous
éberlués devant la rapidité de transmission des
données, noyés dans un océan d’informations
finement sélectionnées par les médias, qui nous
empêchent de réfléchir sur le fond des choses.
La loi sur le port du voile intégral en est un
bel exemple.
Moi qui pensait
que le faux débat public sur l’identité
nationale lancé en octobre 2009 était une
stratégie électorale pour les régionales en
piquant les voix du FN, c’était une erreur.
C’était juste le lancement de la course pour
2012. Tout est programmé au planning de la
guerre des idées. Identité nationale,
immigration, polémique sur les minarets suite au
référendum Suisse, loi discriminatoire sur le
voile intégral, d’abord dans les services
publics, puis partout…c’est à se demander ce
qu’ils vont être capable de faire avaler pendant
ces deux années à venir. La politique, c’est
comme une série télévisée : chacun attend
l’épisode suivant, que va-t-il se passer dans
l’affaire de la conductrice portant un niqab, et
il faut dire que jamais nous n’avions pu
observer tel scénario.
Les services de
communication à l’Élysée sont très prolifiques
en matière d’imagination, et feraient de bons
metteurs en scène. Bref, tout est monté en
épingle, de telle manière que les successions de
faits divers, de lois et de polémiques, de
propos volontairement manipulant à caractère
racistes, alimentent l’amalgame autour de l’islamophobie
à la française. Les gens qui gobent ce discours
volontaire de peste brune digne des années 1940
à Vichy, font alors le mélange entre une
personne d’origine maghrébine qui pourtant née
en France, est considérée comme devant faire ses
preuves d’intégration dans son pays.
On assimile sans
distinction un arabe à un délinquant des
banlieues, sans se pencher sur la cause sociale
du problème des banlieues, et sans voir que les
propos racistes proférés par les politiques sont
finement calculés en fonction de cette
stratégie. Cette rhétorique de la haine
islamique n’est que de la communication, et
n’augure rien de bon.
2 - La burka, ou
l’aubaine d’un fait divers pour masquer la
création de la misère en arrière cour
Le gouvernement
français va imposer l’interdiction du port du
voile intégral dans tout l’espace public. Soit.
Rien ne sert de tomber dans la critique pure et
dure de cette mesure pour le fait qu’elle est
l’initiative d’un gouvernement de droite
extrême.
Il est vrai que
porter le voile est une marque d’endoctrinement
énorme et de soumission intolérable des femmes à
une tradition religieuse qu’un pays soi-disant
laïque n’a pas à tolérer.
Disons que
lorsque je croise une femme voilée de la tête
aux pieds dans la rue, même en plein été sous un
soleil de plomb et 35°, j’ai quand même envie de
lui retirer tout ça, de lui botter les fesses
comme on dit, et de mettre une bombe sur tous
ces édifices et institutions religieuses quels
qu’ils soient (églises, mosquées, synagogues
etc.).
Mais j’aimerais
qu’on me dise quel est l’intérêt de faire cette
loi dans l’urgence, comme si l’intégrité de la
société était menacée soudainement par une
invasion de « barbares » venus du sud…
La stratégie est
claire à mon sens, pour les médias et les
milieux du pouvoir : faire croire que la France
ou l’Europe du XXIème siècle est encore menacée
par les questions identitaires et les guerres de
religion dignes du XIIIème siècle. Et si
l’objectif était de préparer, telle une
commission Creel (1917 aux États-Unis,
propagande pour obtenir le consentement du
peuple à rentrer en guerre sur le front des
Ardennes), l’invasion de l’Iran par l’OTAN ? On
ne peut que spéculer mentalement sur cette
théorie du complot, mais depuis 2007, ensemble
tout est possible…
En tout cas,
cette stratégie de la peur islamique fonctionne
à merveille, à en croire les sondages qui
pullulent. Récemment, un sondage d’opinion
relatait que 63% des français étaient pour
l’interdiction du voile intégral dans les
services publics, légitimant le commerce du
pouvoir politique. Voyez comment tout cela est
dénué de sens : premièrement, on ne peut que
douter de l’efficacité des sondages, lorsque ces
instituts d’enquêtes d’opinion sont dirigés par
des hommes d’affaires, dont la chef du Medef
(Ifop) et des industriels français, et dont la
méthode est loin d’être sociologique.
Deuxièmement, l’on demande à des gens dans la
rue, s’ils sont pour ou contre le port de la
burka, encore une fois, sans se pencher sur
l’aspect social de la mesure. Évidemment que
l’on répond que l’on est contre, je pourrais
d’ailleurs dire que je suis favorable à cette
loi.
Le problème,
c’est qu’elle est un moyen supplémentaire de
stigmatisation des populations musulmanes
françaises, et une instrumentalisation politique
au service de la peur sociale envenimée en vue
des élections de 2012. Les populistes qui
matraquent la nécessité de cette soudaine loi ne
vont réussir qu’à faire monter des tensions
sociales déjà bien trop perceptibles.
D’une part, on
peut douter de la légitimité d’une loi
s’adressant à seulement deux ou trois mille
femmes en France. On peut parler de la règle de
droit générale, impersonnelle et coercitive
lorsque la loi s’adresse à tout le monde, pas à
une catégorie de personnes. Pourquoi ne pas
interdire tout simplement tous signes religieux
quels qu’ils soient ? L’État criminalise le port
du voile islamique, mais pas celui des
bonnes-sœurs, ni les signes religieux portés par
les juifs.
Rien non plus sur
les soutanes des curés qui eux, ne sont pas
poursuivis en errant sur l’espace public laïque.
Je sais que je m’attire les foudres de certains
en écrivant ceci, mais si nous étions dans un
État laïque et démocratique, cette législation
s’appliquerait à toute religion si vraiment
l’objectif défendu était les valeurs
républicaines. Quoi qu’il en soit, le projet de
loi stipule que "nul ne peut, dans l’espace
public, porter une tenue destinée à dissimuler
son visage". En gros, tout individu qui portera
un voile, ou quelque chose qui masque le visage,
sera placé pendant un an en prison. En
extrapolant un petit peu, est-ce qu’en hiver, si
je mets une capuche pour me protéger de la
pluie, une écharpe jusqu’au nez à cause du gel,
et que je porte des lunettes à cause d’une
faible vue, je tomberai sous le coup de la loi
qui interdit de cacher son visage, dans un pays
où la réflexion et la tempérance de certains
agents policiers laissent à désirer ? Si je me
déguise pour le carnaval, et qu’on ne voit pas
mes yeux, ou si j’enfile un masque dans la rue
lors d’une manifestation quelconque, alors je
peux être condamné à une peine de prison et à
cent cinquante euros d’amende ? La formulation
de cette loi, et sa portée à tout l’espace
public paraît dangereuse.
La loi est censée
protéger les droits de la femme et le respect de
la dignité humaine, mais avec toute ce lavage
médiatique de cerveau anti islamique, j’ai comme
la crainte que les femmes qui continueront par
provocation de porter le voile intégral ne
seront pas à l’abri des violences policières,
dans l’ombre des cellules de garde à vue, leur
parole contre celle du justiciable.
L’autorité
publique et ses valets savent qu’en jouant sur
ce sentiment communément partagé d’atteinte à la
dignité de la femme, la loi permettra de créer
de nouvelles interpellations, un renforcement du
dispositif policier déjà relativement conséquent
dans les villes, de nouvelles recettes pour
l’État. Aujourd’hui la burka, et demain ?
L’interdiction de s’embrasser dans l’espace
public, l’interdiction des groupes de plus de
quatre personnes ? De fumer dans la rue ? Il
faudra beaucoup plus de mises à l’amende pour
construire les prisons nécessaires à
l’enfermement systématique et futur du citoyen.
Il serait grand
temps que les hommes politiques pensent que
l’interdiction, la coercition, et la répression
ne mènent qu’à l’escalade des tensions : c’est
comme pénaliser le commerce de cannabis, cela
donne encore plus envie aux mômes d’en acheter
en cachette, ou d’en faire pousser, les
autorités renforcent alors les dispositifs
policiers. Une loi, plus d’infractions, et plus
de répression en retour, d’où la création par
l’autorité publique des tensions sociales.
Me direz-vous,
c’est l’objectif recherché : créer de la
délinquance, inciter le citoyen soit à
verrouiller sous clé son propre périmètre
d’action par peur des sanctions ou par
autocontrôle permanent, soit enfermer ceux qui
ne sont pas assez dociles et qui refusent de se
soumettre. Le traitement médiatique de la burka
permet d’occulter les sujets importants qu’il ne
faut surtout pas révéler à la société civile.
Tout le monde s’enflamme pour savoir s’il faut
l’interdire, ou la limiter, la réprimer partout
ou seulement dans les services publics. Mais on
oublie trop souvent que de plus en plus de gens
qui approchent aujourd’hui les soixante ans,
n’ont pas de pensions de retraite, même en ayant
travaillé pendant quarante ans, sont obligés
pour se nourrir ou se soigner de pomper sur ce
qu’ils ont épargné toute leur vie, ou de
continuer à travailler…« au noir ».
Merci, gentille
burka de nous faire oublier ces petits tracas de
la vie quotidienne au bal de la misère ambiante
!
Après un mois
d’obsession médiatique, l’on nous vend cette
islamophobie pour que le lecteur oublie les
politiques économiques drastiques de l’État
faites depuis 2007 et 2008 pour flatter le grand
capital, l’actionnariat, le patronat, permettre
les rentes abyssales des banques. Pour qu’on
oublie que nous sommes tous des futurs chômeurs
potentiels sur un marché où les salaires sont
gelés depuis des années. Pour qu’on ne voit pas,
en ce 1er mai, journée traditionnelle de
mobilisation sociale, que le FMI s’attaque à
nouveau à l’Europe, avec pour toile de fond
davantage l’asservissement des peuples même dans
les pays riches plutôt qu’un « plan d’aide » à
la Grèce... (Les prochains rendez-vous du FMI :
Espagne, Portugal, Italie, France, Royaume-Uni,
Allemagne ?)
Ce genre de
matraquage idéologique, culturel, identitaire et
stratégique à propos de la burka, tel que nous
en avons en permanence, permet de faire oublier
que dans une poignée de mois, ce qui reste de
service public en France (et en Europe) sera
privatisé, racheté par des mercenaires du type
Veolia, Bouygues, ou Suez, etc. Enfin, cela
permet de fermer les yeux sur le mythe d’un
déficit de la sécurité sociale, du déficit
public impliquant restriction budgétaire, sur la
hausse significative du taux de chômage, de la
précarité qui s’en suit, sur le saignement à
blanc des politiques sociales en continu. Tous
ces faux problèmes, que l’État pourrait gérer en
reprenant son rôle interventionniste, qui ne
cessent de faire des ravages au sein des
opinions publiques formatées par l’Empire de la
pensée unique. À quand sa chute? |